Sous les étoiles de Marrakech, le Palais El Badi a vibré Hier Lundi 7 juillet, au rythme d’une soirée d’anthologie, marquant la clôture triomphale du Festival National des Arts Populaires. Un final en apothéose, mené de main de maître par Saïda Charaf, figure emblématique de la scène marocaine, qui a offert au public un voyage sensoriel d’une intensité rare, mêlant voix, rythmes et racines.
Durant plus de trois heures, l’artiste a orchestré un spectacle vivant et foisonnant, enchaînant les tableaux avec une énergie inépuisable. Douze troupes folkloriques issues de douze régions du Royaume l’ont accompagnée, dans une symphonie populaire d’une richesse inouïe. De l’ambiance sahraouie aux cadences endiablées du reggada, en passant par les sons chaâbi, les rythmes de l’Atlas ou les percussions gnaoua, chaque séquence était une ode à la diversité culturelle du Maroc.
Plus qu’une performance, c’est une immersion totale que Saïda Charaf a proposée, elle chantait, dansait, dirigeait, unissant les traditions dans un dialogue fluide et exaltant. Drapée dans une “mleḥfa” éclatante, elle a rendu hommage à ses origines du Sud tout en incarnant une identité marocaine plurielle et unifiée.
Moment fort de la soirée : Saïda Charaf est devenue la première femme à recevoir un hommage officiel dans l’histoire du festival. C’est le président de l’Association Le Grand Atlas, Mohamed Knidri, qui lui a remis le trophée, saluant son rôle pionnier et son talent hors norme. Une reconnaissance méritée pour une artiste qui n’a cessé de défendre et magnifier le patrimoine musical national.

La scène a ensuite accueilli deux grandes figures de la musique marocaine : le maestro Haj Younes, présenté par Saïda comme son mentor spirituel, et le ténor Fouad Zabadi. Ensemble, ils ont livré un duo saisissant, mêlant maqâms orientaux et poésie andalouse, dans un moment suspendu de grâce musicale.
Clou du spectacle : lorsque retentirent les premières notes de “Sawt Al Hassan Yunadi” suivies de “Al Ayoun Ainaya”, la foule s’est levée d’un seul souffle. Drapés de drapeaux, les spectateurs ont repris en chœur les refrains patriotiques dans une communion touchante, symbole d’un Maroc fier de son patrimoine et résolument tourné vers l’avenir.
Cette 54e édition, placée sous le signe du “patrimoine immatériel en mouvement”, a tenu toutes ses promesses. Avec plus de 700 artistes et une soixantaine de troupes venues de tout le pays, ainsi que des formations invitées de Chine, du Sénégal et de Côte d’Ivoire. Marrakech a une nouvelle fois consolidé son rôle de capitale des cultures vivantes. Le festival n’a pas seulement honoré les traditions, il les a célébrées comme un art du présent, vibrant, en perpétuelle métamorphose.
Et si l’on devait retenir un visage de cette soirée d’exception, ce serait celui de Saïda Charaf. Car hier soir, elle n’a pas simplement interprété le folklore marocain : elle l’a incarné, transcendé, et offert au monde comme un acte d’amour.

