Nouveau signal d’alarme lancé par les professionnels du secteur de l’enseignement de la conduite. Après avoir récemment critiqué la complexité des questions posées lors de l’examen du permis, l’Association marocaine des propriétaires d’auto-écoles et de la sécurité routière revient à la charge. Cette fois, elle interpelle directement le ministère du Transport sur un angle mort préoccupant : le permis EB, dédié aux véhicules tractant des remorques lourdes, reste largement ignoré dans la pratique.
Dans une lettre adressée au ministre Abdessamad Kayouh, l’Association tire la sonnette d’alarme : absence de matériel adéquat sur les pistes d’examen, manque de formation spécifique, et vide logistique autour d’une catégorie pourtant reconnue par la législation. Résultat : des conducteurs non préparés, exposés à des risques majeurs sur les routes.
Sur le terrain, les infrastructures sont loin de suivre. Les circuits d’examen ne sont pas conçus pour les manœuvres avec remorque, et les équipements adaptés brillent par leur absence. Pire encore, les auto-écoles n’ont pas la possibilité d’assurer une formation complète à cette catégorie, reléguant le permis EB à une existence théorique.
Le recours à des permis plus lourds comme le C ou le EC pour contourner l’absence de filière EB opérationnelle est dénoncé comme une aberration administrative, qui alourdit inutilement le parcours des candidats. L’Association réclame ainsi une intégration claire du permis EB dans les cursus proposés, avec une reconnaissance officielle et une mise à jour des outils pédagogiques.
Au-delà de la conformité réglementaire, la question touche à la sécurité publique. De plus en plus de conducteurs – notamment en milieu rural – utilisent des remorques pour des charges importantes, souvent sans compétence technique adaptée. Le risque d’accidents est bien réel.
Pour illustrer l’urgence d’agir, l’Association met en avant des exemples venus d’Europe. En France, depuis 2013, la directive 126/2006/CE a permis d’établir le permis BE comme une catégorie indépendante, autorisant le remorquage de charges importantes dans un cadre sécurisé et réglementé. Des résultats probants ont été observés : meilleure traçabilité des remorques, baisse des sinistres et développement de filières de formation adaptées.
L’Allemagne, quant à elle, a intégré cette catégorie dans plusieurs cursus de formation professionnelle, notamment dans les domaines agricole, artisanal ou logistique, contribuant à la montée en compétence des travailleurs. Des dispositifs complémentaires ont également vu le jour en Belgique et aux Pays-Bas, avec notamment un permis transitoire (B96) et des contrôles techniques systématiques.
L’appel lancé au ministre Kayouh se veut clair : il est temps de sortir le permis EB de l’ombre. Pour des raisons de sécurité, de cohérence réglementaire et de développement socio-économique, la formation à la conduite avec remorque doit être structurée, reconnue et accessible.

