Le Maroc consolide méthodiquement sa place dans la géographie mondiale des ressources stratégiques. Dans une interview accordée à la chaîne américaine CNBC, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a affirmé que le Royaume a réussi à matérialiser une ambition de long terme : devenir un « corridor vert » minier reliant l’Afrique de l’Ouest aux marchés internationaux des métaux et minéraux dits critiques.
S’exprimant en marge de sa participation à la 5ᵉ réunion internationale des ministres en charge des affaires minières, tenue à Riyad, la ministre a souligné que cette vision n’est plus théorique. Le Maroc, a-t-elle expliqué, s’emploie à structurer une chaîne de valeur complète autour des métaux et minéraux indispensables à la transition énergétique, en misant sur des infrastructures, une gouvernance claire et un positionnement géographique stratégique entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et le reste du monde.
Les échanges de haut niveau à Riyad ont permis, selon Mme Benali, de dégager des convergences fortes entre pays arabes, notamment sur la nécessité de renforcer la coopération régionale. La collecte et le partage de données minières, tout comme le lancement d’investissements conjoints dans les métaux stratégiques, figurent parmi les pistes concrètes discutées lors de ce conclave, auquel ont participé des responsables gouvernementaux et des leaders du secteur minier international.
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Au-delà de la coopération régionale, la ministre a mis en lumière les mutations profondes de la demande mondiale. Les besoins liés à l’intelligence artificielle, aux centres de données et aux infrastructures numériques exercent une pression croissante sur les chaînes d’approvisionnement en métaux. À ces usages de pointe s’ajoutent des secteurs plus classiques, comme le chauffage et la climatisation, dont la transition vers des solutions plus propres accentue la demande en minéraux spécifiques. Dans ce contexte, le Maroc entend se positionner comme un acteur fiable, capable d’offrir des ressources extraites et transformées selon des standards environnementaux et sociaux exigeants.
Cette orientation s’inscrit dans un cadre plus large de coopération internationale. Le Royaume, a rappelé Leila Benali, se dit prêt à s’engager pleinement dans une dynamique conforme à la Déclaration de Marrakech, adoptée lors du 2ᵉ Congrès international des mines organisé en décembre dernier dans la ville ocre. Ce texte fondateur a posé les bases d’un cadre africain commun de gouvernance minière intégrant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, communément désignés par l’acronyme ESG.
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Selon la ministre, plus de 30 pays africains ont déjà adhéré à ce cadre ESG, signe d’un mouvement continental en faveur d’une exploitation minière plus responsable. L’enjeu dépasse la simple harmonisation réglementaire : il s’agit de renforcer l’attractivité du continent pour les financements durables, d’améliorer la transparence dans la gestion des ressources naturelles et de favoriser une meilleure répartition de la valeur créée au sein des économies locales.
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Le cadre issu de la Déclaration de Marrakech repose sur des principes précis : faciliter l’accès au financement pour les projets d’extraction et de transformation, instaurer des mécanismes de justice et de redevabilité, encourager la coopération entre États africains et institutions financières internationales, et garantir une production minérale respectueuse de l’environnement et des communautés. Autant de leviers destinés à repositionner l’Afrique, non plus comme simple fournisseur de matières premières, mais comme acteur à part entière des chaînes de valeur mondiales des minéraux critiques.
La 5ᵉ réunion internationale des ministres en charge des affaires minières, organisée dans le cadre de la Conférence minière internationale, a réuni des représentants de plus de 100 pays, ainsi que des organisations internationales, des ONG et des dirigeants de grands groupes miniers. Pour le Maroc, cette tribune a servi à affirmer une ligne claire : conjuguer attractivité économique, transition énergétique et gouvernance responsable afin de faire du « corridor vert » minier un pilier durable de son rayonnement régional et international.

