L’Égypte a engagé une série de mesures strictes pour limiter sa consommation d’énergie, alors que la hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz, alimentée par les tensions régionales liées à la guerre en Iran, pèse lourdement sur ses finances publiques. À partir de samedi, les commerces, restaurants et centres commerciaux devront fermer leurs portes à 21h, une décision initialement prévue pour une durée d’un mois.
Selon les autorités, ces restrictions visent à contenir une facture énergétique qui a plus que doublé en quelques mois. Le Premier ministre Mostafa Madbouly a indiqué que le pays réglait désormais jusqu’à 1,65 milliard de dollars pour la même quantité d’énergie qui lui coûtait auparavant 560 millions de dollars mensuels. Face à cette pression, le gouvernement dit se préparer à « un scénario du pire » dans un contexte géopolitique difficile à anticiper.
Les nouvelles règles imposent la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 21h en semaine, avec une extension jusqu’à 22h les jeudis et vendredis, jours de week-end en Égypte. Certaines activités bénéficient toutefois d’exemptions, notamment les commerces de première nécessité, les pharmacies, les stations de transport et certaines activités nocturnes liées à l’alimentation.
Parallèlement, le gouvernement a élargi les mesures de réduction de la consommation énergétique. Le travail à distance a été instauré chaque dimanche pour les administrations publiques et privées, à compter du 1er avril, pendant un mois. Certaines structures essentielles, telles que les hôpitaux, écoles, universités et services d’eau et d’énergie, sont exemptées afin de garantir la continuité des services.
Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise des dépenses énergétiques, dans un pays fortement dépendant des importations. La facture énergétique égyptienne a connu une progression rapide, sous l’effet de la hausse du prix des hydrocarbures et des perturbations des routes commerciales internationales, notamment le détroit d’Ormuz, point névralgique pour le transit du pétrole mondial.
Le gouvernement souligne également que les effets de la crise ne se limitent pas aux importations d’énergie. Les perturbations des flux maritimes affectent aussi des revenus stratégiques pour l’Égypte, notamment ceux générés par le canal de Suez, dont le trafic est partiellement détourné. Cette situation réduit une source essentielle de devises pour le pays.
En réponse à ces contraintes, les autorités ont déjà procédé à une hausse des prix des carburants, dépassant les 30 % récemment, dans un contexte de tensions sur les infrastructures pétrolières régionales et d’incertitudes sur l’approvisionnement. Le gouvernement a également demandé aux institutions publiques de réduire leur consommation de produits pétroliers de 30 %, tout en ralentissant temporairement certains grands projets afin d’économiser diesel et essence.
Malgré ces ajustements, les autorités assurent que la stabilité du marché est maintenue, avec une disponibilité suffisante des biens et des services, notamment durant les périodes de forte demande comme l’Aïd. Elles précisent également que les hausses récentes de certains produits seraient temporaires et déjà en phase d’atténuation.
Dans le secteur de l’énergie, le ministre de l’Électricité et des Énergies renouvelables, Mahmoud Esmat, a souligné les efforts engagés pour moderniser les infrastructures électriques et améliorer l’efficacité du réseau. Ces investissements, s’ils ont parfois généré des pertes techniques, ont permis de réduire significativement les pertes d’électricité, passant de niveaux proches de 30 à 40 % dans certaines zones à environ 18 %.
À travers ces décisions, l’Égypte s’aligne sur plusieurs pays confrontés à la même pression énergétique. Des mesures similaires sont observées ailleurs, comme la réorganisation des usages du carburant en Inde ou la limitation de la consommation dans d’autres régions. Dans un contexte de volatilité persistante, les gouvernements cherchent à équilibrer réduction des coûts et maintien de l’activité économique.
En toile de fond, la situation reste étroitement liée à l’évolution du conflit régional et à ses répercussions sur les flux énergétiques mondiaux. Le gouvernement égyptien entend ajuster ses mesures au fil des développements, tout en tentant de préserver la stabilité économique et sociale.


