Le Maroc enregistre des progrès réels en matière de développement humain, mais peine encore à traduire ces avancées dans son classement international.
Réunis à Rabat, les responsables de l’Observatoire national du développement humain, aux côtés du Programme des Nations unies pour le développement, ont dressé un constat nuancé : derrière l’amélioration de l’indice de développement humain (IDH), des failles structurelles et statistiques continuent de freiner la progression du Royaume.
En 2023, l’IDH du Maroc atteint 0,710. Une progression qui semble encourageante à première vue, mais qui doit être relativisée. En comparant les données sur une base méthodologique constante, le gain réel apparaît plus limité. Cette différence met en lumière un enjeu central soulevé lors de l’atelier : la qualité et l’actualisation des données influencent directement la perception des performances du pays.
Présidant les travaux, Otmane Gair a insisté sur les avancées enregistrées ces dernières décennies, portées notamment par les réformes dans l’éducation, la santé, la protection sociale et l’inclusion économique. Il appelle toutefois à une lecture plus fine de ces progrès, dans un contexte marqué par des mutations économiques et démographiques rapides. L’IDH, selon lui, ne se limite plus à un indicateur statistique : il devient un outil d’aide à la décision, capable d’orienter les politiques publiques vers davantage d’efficacité et d’équité.
Dans le détail, le Maroc présente un profil contrasté. Sur le plan sanitaire, les indicateurs sont solides. L’espérance de vie atteint 75,3 ans, un niveau supérieur à la moyenne régionale et proche des standards des pays à développement humain élevé. Cette performance reflète les efforts déployés dans le système de santé, malgré les perturbations liées à la pandémie.
L’éducation révèle une fracture plus profonde. Si l’espérance de scolarisation des jeunes atteint 15,1 années, parmi les niveaux les plus élevés dans le monde arabe, la durée moyenne de scolarisation des adultes reste limitée à 6,2 années. Ce décalage traduit le poids des déficits accumulés par les générations précédentes et continue de peser sur l’IDH.
À cette fragilité s’ajoute un problème de mesure. L’absence de données actualisées sur la scolarisation des adultes dans les bases internationales, notamment celles de l’Unesco, conduit à utiliser des estimations anciennes. Résultat, les progrès récents ne sont pas pleinement reflétés dans les rapports internationaux. Cette situation relance le débat sur la souveraineté statistique et sur la nécessité pour le Maroc de mieux alimenter les bases de données mondiales avec des indicateurs fiables et récents.
Le revenu national brut par habitant constitue un autre point de vigilance. Évalué à 8.653 dollars en parité de pouvoir d’achat, il reste le plus faible parmi les pays arabes classés dans la catégorie de développement humain élevé. Malgré une progression régulière depuis les années 1990, cet indicateur continue de tirer l’IDH vers le bas.
Face à ces constats, plusieurs pistes d’action se dégagent. Les experts plaident pour un renforcement des politiques d’alphabétisation et de formation continue afin de combler le retard éducatif des adultes. Ils appellent également à améliorer la qualité de l’enseignement et son adéquation avec le marché du travail. Sur le plan économique, l’enjeu reste d’accroître la productivité et les revenus tout en préservant l’inclusion sociale.
Les projections à l’horizon 2030 illustrent l’importance de ces choix. Selon les scénarios envisagés, l’IDH du Maroc pourrait atteindre 0,803 dans le meilleur des cas, ou rester proche de 0,724 si les tendances actuelles persistent. L’écart entre ces trajectoires dépasse l’ensemble des progrès enregistrés au cours de la dernière décennie.
Au-delà des chiffres, l’atelier de Rabat marque un changement d’approche. Le Maroc ne se contente plus de subir son classement : il cherche à en comprendre les mécanismes et à agir sur ses déterminants. Une démarche qui place la mesure du développement humain au cœur de la gouvernance publique, avec un objectif clair : faire en sorte que les indicateurs reflètent fidèlement les transformations à l’œuvre dans le pays.


