Le Maroc dispose, à ce stade, de marges de sécurité jugées confortables pour faire face aux tensions sur les marchés énergétiques. Les stocks de diesel couvrent 51 jours de consommation, tandis que ceux d’essence atteignent 55 jours, selon des données communiquées par le ministère de l’Énergie et reprises par Reuters. Dans le même temps, les approvisionnements en charbon et en gaz sont assurés jusqu’à la fin du mois de juin, offrant une visibilité à court terme dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes.
Cette situation intervient alors que les marchés pétroliers restent sous pression, sur fond de conflit au Moyen-Orient, qui a entraîné une hausse marquée des prix de l’énergie. Dans ce climat, Rabat cherche avant tout à amortir les chocs. La stratégie adoptée repose sur une diversification des sources d’approvisionnement, notamment en direction de l’Europe et des États-Unis, afin de réduire la dépendance à des zones géopolitiquement instables.
La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a confirmé que ces réserves permettent d’assurer une continuité de l’approvisionnement malgré les perturbations observées à l’échelle mondiale. Cette approche, anticipée ces dernières années, contribue aujourd’hui à limiter l’impact immédiat des tensions sur le marché international.
Le mix énergétique national reste toutefois largement dominé par le charbon, qui représente près de 60 % de la production d’électricité. Le gaz naturel en assure environ 10 %, tandis que les énergies renouvelables, notamment éolienne et solaire, couvrent près d’un quart des besoins. Si cette répartition garantit une certaine stabilité, elle expose aussi le pays aux fluctuations des prix des matières premières, en particulier dans un contexte de hausse des cours du charbon liée aux tensions géopolitiques.
Pour anticiper les besoins à moyen terme, les autorités prévoient de lancer dès la mi-avril des appels d’offres visant à sécuriser les importations de charbon pour le troisième trimestre. Une démarche qui s’inscrit dans une logique de gestion proactive des stocks, afin d’éviter toute rupture dans l’approvisionnement électrique.
Du côté du gaz, la situation apparaît également maîtrisée à court terme. Les réserves disponibles couvrent les besoins jusqu’à fin juin, tandis que la consommation a reculé de 11 % au premier trimestre. Cette baisse s’explique en grande partie par une production hydroélectrique plus soutenue, favorisée par les précipitations récentes et le remplissage des barrages.
Malgré ces indicateurs rassurants, la pression reste palpable sur les équilibres budgétaires. Le projet de loi de finances pour 2026 a été construit sur une hypothèse de prix du pétrole autour de 60 dollars le baril, alors que les cours actuels du Brent gravitent autour de 108 dollars. Cet écart pèse mécaniquement sur les finances publiques, notamment en matière de compensation et de soutien aux secteurs les plus exposés, comme le transport.
À court terme, les niveaux de stocks offrent un répit. À moyen terme, la question de la dépendance énergétique et de la volatilité des marchés demeure entière, renforçant l’urgence d’accélérer la transition vers des sources plus résilientes et moins exposées aux chocs extérieurs.


