Face à une crise énergétique mondiale d’une intensité inédite, le Maroc resserre ses marges de manœuvre. Devant le Parlement, la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, a dressé un état des lieux précis : flambée des prix, pression sur les stocks, effort budgétaire massif et accélération stratégique vers les énergies renouvelables.
Une crise mondiale qui frappe directement le Maroc
La tension actuelle sur les marchés énergétiques dépasse, selon la ministre, les grands chocs pétroliers du passé. En cause : les perturbations géopolitiques autour du détroit d’Ormuz, passage clé du commerce mondial d’hydrocarbures.
Pour un pays dépendant à plus de 90 % des importations, l’impact est immédiat. Le Maroc consomme près de 11,7 millions de tonnes de produits pétroliers par an, dont une large part de gasoil.
Dans ce contexte, la hausse des prix à la pompe s’impose comme une conséquence directe des tensions internationales, amplifiée par les coûts du transport et de l’assurance maritime.
Un effort budgétaire massif pour contenir les prix
Pour éviter une transmission brutale de la hausse aux ménages, l’État mobilise des moyens financiers considérables. Chaque mois, près de 1,6 milliard de dirhams sont injectés pour amortir le choc.
Les principaux postes de soutien :
- Gaz butane : subvention portée à 78 DH par bonbonne de 12 kg
- Électricité : 400 millions de dirhams mensuels
- Transport routier : aide de 3 DH par litre
Ce choix vise à préserver le pouvoir d’achat, mais il pose une question centrale : combien de temps les finances publiques pourront-elles soutenir ce rythme ?
Des stocks sous pression et une logistique fragile
Sur le plan des approvisionnements, la situation reste sous contrôle, mais étroitement surveillée.
Le Maroc dispose actuellement de :
- 47 jours de stock de gasoil
- 49 jours de stock d’essence
Les besoins à court terme sont couverts grâce à une diversification des fournisseurs (États-Unis, Europe, Amérique du Sud). Cependant, certaines fragilités persistent.
Les points de tension :
- Dépendance au gaz butane et au kérosène
- Capacités de stockage limitées (environ 3 millions de m³)
- Forte concentration des infrastructures près des ports
De récents incidents logistiques à Mohammedia et Jorf Lasfar ont illustré la sensibilité du système, capable de vaciller en quelques jours seulement.
Pour y remédier, un programme d’investissement 2026-2030 vise à porter les réserves à environ 80 jours.
Transition énergétique : l’accélération devient stratégique
Dans ce contexte, les énergies renouvelables changent de statut. Elles ne relèvent plus seulement d’un choix environnemental, mais deviennent un levier de sécurité économique.
Le Maroc affiche déjà 46 % de capacités installées en renouvelables. Mais leur contribution réelle à la consommation reste variable, entre 12 % et 20 %.
Une dynamique sans précédent :
- Investissements dans le solaire et l’éolien doublés depuis 2021
- Réseau électrique renforcé (x5 en investissements)
- 2,7 GW de projets autorisés en un trimestre
L’objectif est clair : atteindre 25 % de consommation effective issue des renouvelables dès fin 2026.
Des projets structurants, comme le programme solaire Noor Atlas, doivent soutenir cette montée en puissance.
Vers une souveraineté énergétique à l’horizon 2030
Au-delà de l’urgence, le gouvernement inscrit son action dans une vision de long terme. Le Maroc, non producteur d’hydrocarbures et absent des grands cartels énergétiques, mise sur la diversification et l’innovation.
Plusieurs chantiers sont engagés :
- Réforme de l’Office national des hydrocarbures
- Développement du gazoduc Maroc-Nigeria
- Simplification des procédures minières
- Renforcement des institutions énergétiques
En parallèle, le Conseil de la concurrence intensifie son contrôle du marché des carburants, dans un secteur dominé par un nombre restreint d’opérateurs.
Une équation délicate entre urgence et transformation
Entre pression immédiate sur les prix, contraintes logistiques et ambitions de transition, la stratégie énergétique du Maroc avance sur une ligne de crête.
L’État amortit le choc pour les ménages tout en accélérant la mutation du modèle énergétique. Une double exigence qui engage à la fois la stabilité sociale et la souveraineté économique du pays.

