Les Gardiens de la révolution iraniens ont ordonné la fermeture du détroit d’Ormuz et sommé les navires commerciaux de ne plus emprunter ce passage stratégique, selon plusieurs sources concordantes, dont la Force navale de l’Union européenne. Des messages radio ont été diffusés aux capitaines leur indiquant que la traversée « n’était pas autorisée », tandis que l’agence iranienne Tasnim évoquait un détroit devenu « de facto fermé » en raison d’un climat d’insécurité marqué par des frappes israélo-américaines.
Ce point d’étranglement maritime concentre à lui seul une part décisive du commerce mondial de pétrole. En 2025, près de 17 millions de barils de brut et de condensats y ont transité chaque jour. Une interruption durable du trafic dans le détroit d’Ormuz bouleverserait immédiatement les approvisionnements mondiaux en pétrole et ferait grimper les cours sur les marchés de l’énergie.
Dès l’annonce des avertissements iraniens, certaines grandes compagnies pétrolières et maisons de négoce ont suspendu leurs expéditions de brut et de carburant via le détroit. « Nos navires resteront à quai pendant plusieurs jours », a confié un haut responsable d’un important bureau de négoce. Les assureurs maritimes, de leur côté, ont commencé à résilier ou à revoir les polices couvrant les navires transitant par la zone, signe d’une montée rapide du risque perçu.
Les conséquences potentielles sont considérables pour les pays du Golfe. L’Irak, le Koweït, le Qatar et l’Iran dépendent quasi totalement du détroit d’Ormuz pour leurs exportations. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’itinéraires alternatifs partiels vers la mer Rouge ou le golfe d’Oman, mais ces capacités de contournement restent limitées face aux volumes habituels. Une fermeture prolongée réduirait mécaniquement l’offre disponible sur le marché international.
Les tensions militaires récentes ont déjà alimenté la volatilité des prix du pétrole. Le Brent a atteint 73 dollars le baril le 27 février, en hausse marquée depuis la fin de l’année précédente. Plusieurs analystes estiment qu’une paralysie effective et durable du détroit d’Ormuz pourrait propulser le baril au-delà du seuil symbolique des 100 dollars, avec des répercussions immédiates sur le coût du transport, l’inflation énergétique et les balances commerciales des pays importateurs.
Sur le plan juridique, la situation reste ambiguë. L’Agence britannique des opérations maritimes commerciales a indiqué que des avertissements radio ne constituent pas en eux-mêmes une interdiction légalement contraignante de navigation dans les eaux internationales. Elle recommande toutefois aux navires de transiter avec prudence. En pratique, le risque militaire et assurantiel suffit à dissuader de nombreux armateurs.
La fermeture du détroit d’Ormuz place également Téhéran face à un dilemme. Si la mesure accentue la pression sur Washington et ses alliés, elle pénalise aussi les exportations iraniennes, qui transitent entièrement par ce passage. Le bras de fer engagé sur fond d’escalade militaire fait ainsi peser une menace directe sur la stabilité des marchés du pétrole et sur l’économie mondiale.
À court terme, les opérateurs scruteront la réouverture des marchés en début de semaine et la capacité des forces navales présentes dans la région à garantir la sécurité maritime. Dans un contexte déjà inflammable, le détroit d’Ormuz redevient l’épicentre d’un choc énergétique potentiel dont l’onde de choc dépasserait largement le Golfe.


