Et si, demain, le ministère de l’Économie et des finances annonçait le lancement d’une subvention sur la cocaïne ? Oui, vous avez bien lu : la cocaïne, ce petit remontant des soirées trop longues, désormais à prix cassé pour les foyers à revenus modestes. Pour le bien du peuple, bien sûr. Évidemment, personne n’accepterait cette idée. On y verrait, à juste titre, un abandon total de la morale publique, un suicide collectif enrobé de poudre blanche.
Mais alors, expliquez-moi pourquoi le sucre, dont la dangerosité sanitaire est prouvée, continue d’être subventionné allègrement par l’État marocain, comme s’il s’agissait d’un produit de première nécessité pour notre dignité nationale ?
Le Maroc consomme en moyenne 30 kg de sucre par personne et par an, soit le double des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Le sucre, cette poudre légale, est partout : dans le thé à la menthe qu’on gave à nos enfants dès qu’ils savent marcher, dans le pain, dans les jus “naturels”, dans les yaourts, et même dans des plats salés où il n’a rien à faire. Résultat : le Maroc se place parmi les champions du monde… du diabète.
Aujourd’hui, plus de 2,7 millions de Marocains vivent avec cette maladie, dont une immense partie l’ignore encore.
Et pourtant… l’État continue de subventionner massivement le sucre, comme s’il nous rendait service.
En 2023, la Caisse de Compensation a déboursé près de 3 milliards de dirhams pour maintenir le sucre à un prix “abordable”. Un chiffre hallucinant, surtout quand on sait que le même État peine à financer correctement les hôpitaux publics où finissent, un jour ou l’autre, les victimes de cette addiction institutionnalisée.
Un diabétique coûte, en moyenne, plus de 5 000 dirhams par an au système de santé. Faites le calcul. On paie une première fois pour le rendre malade, une seconde fois pour le soigner. Autant offrir directement un rail de cocaïne sur l’ordonnance.
Des études, nombreuses, l’ont montré : le sucre active dans le cerveau les mêmes circuits de récompense que la cocaïne. Une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine affirme même que le sucre peut créer une dépendance aussi forte, voire plus forte, que certaines drogues dures. Des expériences sur des rats ont prouvé qu’ils choisissaient le sucre plutôt que la cocaïne, même lorsqu’ils étaient déjà accros à cette dernière.
Et pourtant, aucune campagne nationale de prévention, aucun message sur les emballages, aucun spot dramatique à la télé entre deux pubs de dentifrice. Rien. Le sucre reste ce grand chéri de la table marocaine, décoré de belles intentions: « Le pauvre a droit à son thé sucré », dit-on. Peut-être. Mais a-t-il aussi droit au diabète, aux amputations, à la cécité, à l’insuline importée à prix d’or ?
Soyons clairs : la subvention du sucre est une politique de court terme, bête et populiste. Elle ne protège pas les pauvres, elle les empoisonne. Elle ruine les finances publiques et enrichit, au passage, une industrie agroalimentaire bien peu scrupuleuse. On préfère nourrir le mal, plutôt que prévenir sa naissance.
Pourquoi ne pas subventionner les fruits, les légumes, les produits bruts et sains ? Pourquoi ne pas lancer une grande campagne de désintoxication nationale ? On l’a fait pour le plastique, on pourrait le faire pour le sucre.
Mais non. Ici, on continue à sucrer le peuple tout en le saignant. Et on s’étonne, ensuite, de l’explosion des maladies chroniques. C’est un peu comme si un pyromane subventionnait l’essence avant de vendre des extincteurs.
Alors oui, peut-être qu’un jour, le Maroc osera taxer le sucre comme on taxe les cigarettes, supprimer les subventions, et investir dans l’éducation nutritionnelle. Peut-être qu’on comprendra qu’il vaut mieux distribuer des pommes que des pilules.
En attendant, un constat s’impose, aussi amer que lucide : dans l’aveuglement général des décideurs, le sucre règne en maître.

