Le gouvernement américain a annoncé une révision majeure du calendrier vaccinal pour les enfants, réduisant le nombre de vaccins universellement recommandés de 17 à 11. Cette décision, qualifiée d’inédite par les autorités sanitaires, modifie en profondeur la stratégie de vaccination infantile aux États-Unis, en alignant partiellement le pays sur le modèle danois et celui d’autres nations développées. L’objectif déclaré par le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) est d’offrir plus de flexibilité tout en maintenant la couverture contre les maladies les plus graves, mais l’annonce a immédiatement suscité des critiques acerbes de la part des experts en santé publique et des pédiatres.
Le nouveau calendrier distingue désormais trois catégories de vaccins : ceux recommandés pour tous les enfants, ceux destinés à des groupes à risque spécifique et enfin ceux soumis à une décision clinique partagée entre parents et médecins. Les vaccins universels concernent la diphtérie, le tétanos, la coqueluche (acellulaire), la polio, le Haemophilus influenzae type B, les maladies pneumococciques, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le virus du papillome humain (HPV) et la varicelle. Pour le HPV, le CDC recommande désormais une seule dose, au lieu de deux, se conformant ainsi à l’approche de plusieurs pays européens. Les vaccins ciblant les populations à risque incluent le virus respiratoire syncytial (RSV), les hépatites A et B, la dengue et les deux formes de méningite bactérienne (MenACWY et MenB). Quant aux vaccins soumis à décision partagée, ils concernent la COVID-19, la grippe, le rotavirus, l’hépatite A et B, ainsi que certaines formes de méningite.
Selon l’agence, ces changements reposent sur une revue scientifique extensive, comparant le calendrier vaccinal américain avec ceux de 20 nations développées. Les données ont montré qu’en 2024, les États-Unis recommandaient plus de doses vaccinales que tout autre pays pair et plus du double de certains pays européens. Malgré ces recommandations, les taux de vaccination ont décliné, la confiance dans la santé publique passant de 72 % en 2020 à 40 % en 2024, notamment après les controverses liées aux obligations vaccinales contre la COVID-19. Ces constats ont motivé la volonté de privilégier une approche plus ciblée et flexible.
L’annonce a provoqué un tollé parmi les professionnels de santé. Pour Jason Goldman, président de l’American College of Physicians, modifier un système ayant permis d’éviter plus d’un million de décès en trois décennies est « dangereux et potentiellement mortel ». Jesse Goodman, professeur à Georgetown University, évoque un « torpillage » de la politique vaccinale, avec un risque accru de maladies et d’hospitalisations. L’American Academy of Pediatrics (AAP) a clairement indiqué qu’elle continuerait de suivre ses propres recommandations, distinctes de celles du CDC, ce qui pourrait générer confusion et divergences dans les cabinets pédiatriques. Certains experts soulignent également que la réforme pourrait être contestée devant les tribunaux, la procédure habituelle de consultation publique ayant été contournée.
Malgré la controverse, les autorités assurent que tous les vaccins, quelle que soit leur catégorie, resteront couverts par les assurances santé et les programmes fédéraux, y compris Medicaid et le Children’s Health Insurance Program. Le HHS prévoit en outre un renforcement de la recherche scientifique sur les vaccins, avec davantage d’essais contrôlés randomisés et d’études observationnelles pour évaluer l’efficacité et les effets à long terme des différents calendriers vaccinaux. L’agence s’engage également à fournir aux parents et aux professionnels de santé des informations claires pour guider les décisions individuelles, soulignant que la flexibilité ne doit pas compromettre la protection contre les maladies graves chez les enfants.
Cette réforme traduit un changement profond dans la politique vaccinale américaine, combinant pragmatisme, alignement international et contrôle des doses, mais elle soulève des interrogations sur l’impact à long terme sur la santé publique et sur la confiance des familles envers les recommandations officielles.

