L’été 2025 marque un tournant inédit dans les habitudes estivales des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Longtemps considérés comme les principaux animateurs de la saison estivale au Maroc, leur présence s’est faite cette année nettement plus discrète. De Tanger à Agadir, les stations balnéaires sonnent creux, les plaques étrangères se font rares, et les professionnels du tourisme tirent la sonnette d’alarme.
À l’origine de ce désengagement massif : une flambée des prix devenue insupportable. Billets d’avion et de ferry aux tarifs exorbitants, locations de voitures surfacturées, hébergements saisonniers inaccessibles… pour de nombreuses familles de la diaspora, venir au Maroc relève désormais du luxe. À budget équivalent, de plus en plus de MRE optent pour d’autres destinations comme le Portugal, l’Espagne ou la Turquie, qui offrent un meilleur rapport qualité-prix, un service plus fiable et, surtout, un sentiment de respect.
Ce désintérêt ne se limite pas à la diaspora. De nombreux Marocains vivant dans le pays fuient également les côtes nationales, préférant l’étranger pour des vacances plus économiques et apaisées. Cette situation met en lumière un malaise plus profond : la perte de confiance dans un système économique perçu comme abusif, où l’inflation, qu’elle soit officielle ou « cachée », pèse lourdement sur le quotidien.
Derrière cette désaffection, c’est un modèle touristique fragilisé qui se dévoile. En l’absence de régulation efficace, la liberté des prix s’est muée en dérive tarifaire. La disparition progressive des organes de contrôle a laissé place à une économie où les pratiques commerciales opportunistes sont devenues la norme. Résultat : un sentiment d’exploitation partagé par les MRE et les Marocains locaux.
Au-delà de la simple question de coût, ce que réclament les MRE, c’est une reconnaissance concrète de leur attachement au pays. Ils ne se détournent pas du Maroc par désamour, mais par lassitude. Leur absence en cet été 2025 n’est pas un adieu, mais un avertissement clair : le lien affectif qui les unit à leur terre d’origine ne suffit plus à compenser l’expérience amère de chaque retour.
Le Maroc risque, s’il ne réagit pas, de voir s’éroder une manne touristique et économique vitale. L’État est désormais face à un choix : ignorer les signaux ou engager une réforme profonde pour redonner confiance à ceux qui, année après année, ont fait vivre l’été marocain.

