Si 8 entreprises marocaines sur 10 affirment innover, seules 3 sur 10 placent réellement l’innovation au cœur de leur stratégie. Entre ambitions et contraintes, l’Enquête Nationale sur l’Innovation 2025 révèle un écosystème en mouvement, mais encore freiné par le manque de financement et le faible lien avec la recherche académique.
C’est La Fondation Gen J qui lève le voile sur les résultats de la première Enquête Nationale sur l’Innovation au Maroc 2025, lors d’un événement tenu au Technopark de Casablanca. Une rencontre qui a réuni acteurs économiques, chercheurs, dirigeants institutionnels et entrepreneurs, tous mobilisés autour d’une même question : comment faire du Maroc une véritable Innovation Nation d’ici 2030 ?
Cette restitution, organisée avec l’appui de l’Observatoire Marocain des Pratiques de Management (OMPM) et de W-Adviser, a été marquée par la présentation de chiffres inédits et par une conférence animée par l’expert international Sanjeev Rao, spécialiste de l’innovation frugale. Deux tables rondes ont ensuite permis d’opposer visions et expériences autour de thématiques au cœur des enjeux nationaux : les obstacles à l’innovation et les perspectives pour positionner le Maroc comme futur hub régional de compétitivité.
Les résultats de cette étude, fruit de la contribution de plus de 370 acteurs économiques, académiques et financiers, dressent un constat nuancé. Si 77 % des entreprises marocaines déclarent développer des initiatives innovantes, seules 31 % en font un axe central de leur stratégie. Le financement reste le principal frein : une entreprise sur deux peine à mobiliser les ressources nécessaires. Le lien entre universités et entreprises demeure fragile, puisque seulement 33 % collaborent avec des laboratoires de recherche.
Malgré ces limites, la dynamique est bien réelle. Près de 82 % des organisations interrogées investissent dans l’innovation produit, principalement en misant sur la personnalisation et l’amélioration continue. L’open innovation gagne du terrain avec 48 % des entreprises travaillant déjà avec des partenaires externes. Les pratiques managériales et les ressources humaines se réinventent elles aussi, en mettant l’accent sur le développement des talents et les modes collaboratifs.
Ces enseignements rappellent l’urgence de structurer un véritable Système National de l’Innovation. Les recommandations de l’étude appellent à un investissement accru dans l’éducation et la recherche, une meilleure adaptation des financements, l’intégration de l’innovation dans les politiques industrielles et la mise en place d’une gouvernance nationale capable de fédérer l’ensemble des parties prenantes.
Pour Tarik Haddi, président de la Fondation Gen J, cette enquête va bien au-delà d’un simple diagnostic : « C’est une feuille de route collective. Le Maroc dispose des talents et des dynamiques nécessaires, mais il faut organiser l’action pour transformer cette énergie en moteur de croissance et de compétitivité. Avec Gen J, notre ambition est claire : hisser le Maroc au rang d’Innovation Nation d’ici 2030. »
Un constat partagé par Lamia Hannaoui, directrice générale de W-Adviser, qui insiste sur la nécessité d’accélérer la mise en réseau : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une entreprise sur deux considère le financement comme un frein, et seules trois sur dix placent l’innovation au cœur de leur stratégie. Renforcer les passerelles entre entreprises, universités et institutions publiques est désormais incontournable pour obtenir des résultats concrets. »
Depuis sa création en décembre 2023, la Fondation Gen J s’impose comme un catalyseur de l’écosystème marocain. Sa mission : accompagner la sortie du Maroc de la trappe des pays à revenu intermédiaire en favorisant une culture entrepreneuriale innovante et en formulant des recommandations de politiques publiques adaptées. Par ses actions, qu’il s’agisse de sensibilisation, d’élaboration de baromètres et classements, ou encore de structuration de labels et d’indices d’innovation, Gen J entend bâtir les bases d’une économie compétitive et durable.
L’événement du Technopark s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large : faire de l’innovation non pas un slogan, mais un pilier de la transformation économique et sociale du pays.



