Réunie à Casablanca le mercredi 25 mars, la quatrième édition du Forum International des Énergies a été marquée par les discussions du panel dédié à l’industrie, décarbonation et compétitivité qui ont également mis en lumière une dimension souvent sous-estimée de la transition énergétique : celle des coûts cachés liés à l’usage de l’énergie.
Si la réduction de la consommation reste un objectif central, elle ne reflète qu’une partie des enjeux. Fouad El Kohen, DIrecteur général de EXLEPERT, a rappelé une idée largement répandue mais toujours pertinente : « le kilowattheure le moins cher, c’est celui qu’on n’a pas consommé ».
Mais cette approche, selon lui, doit être dépassée. « L’efficacité énergétique n’est pas juste une affaire de kilowattheure, c’est une affaire de coûts pour l’industriel », a-t-il précisé, insistant sur la nécessité d’élargir l’analyse.
Derrière la facture énergétique visible se cachent en effet des coûts indirects souvent plus importants. Mauvaise exploitation des équipements, défauts de maintenance ou instabilité du réseau peuvent avoir des impacts significatifs sur la production. « Les coûts cachés représentent souvent beaucoup plus que ce que l’on voit sur la facture », a-t-il expliqué.
De simples interruptions de quelques millisecondes pouvaient entraîner des arrêts prolongés d’une chaîne de production. Ces perturbations, répétées dans le temps, génèrent des pertes considérables. « Elles pouvaient représenter plus d’un mois de chiffre d’affaires sur une année », a-t-il ajouté, soulignant que ces coûts ne sont pas toujours identifiés dans les analyses classiques.
Dans ce contexte, l’efficacité énergétique devient un levier global d’optimisation. Elle ne se limite plus à la réduction de la consommation, mais englobe l’ensemble des coûts liés à l’utilisation de l’énergie. « En prenant en compte ces coûts cachés, on améliore directement la compétitivité de l’entreprise », a-t-il affirmé.
L’audit énergétique apparaît alors comme une étape essentielle. Il permet de cartographier les usages, d’identifier les inefficacités et de mettre en place des solutions adaptées pour améliorer la performance globale.
Au-delà des aspects techniques, la question du financement reste un enjeu majeur. De nombreux industriels hésitent encore à investir dans des projets de transition énergétique, perçus comme secondaires. Saâd Ghazaoui, Directeur général d’INEE a souligné que « beaucoup d’entreprises considèrent encore la transition énergétique comme un besoin non prioritaire ».
Pour répondre à cette problématique, de nouveaux modèles se développent, notamment les contrats de performance énergétique. Ces dispositifs permettent d’accompagner les entreprises sur l’ensemble du cycle du projet, tout en sécurisant les investissements. Leur objectif est de transformer la décarbonation en opportunité économique.
Dans un environnement international de plus en plus exigeant, cette transition devient inévitable. « Les exigences internationales vont progressivement s’imposer, y compris au niveau national », a-t-il indiqué, évoquant notamment les mécanismes liés à la tarification du carbone.
Le Maroc dispose néanmoins d’atouts importants pour accompagner cette transformation, notamment en matière de ressources renouvelables. Mais la réussite de cette transition repose avant tout sur la capacité des acteurs industriels à anticiper ces évolutions.
À travers ces échanges, une réalité s’impose : la transition énergétique ne se joue plus uniquement sur le terrain environnemental. Elle redéfinit en profondeur les logiques de performance et de compétitivité industrielle.

