Depuis l’adoption en 2018 du régime horaire permanent GMT+1, le débat sur « l’heure légale » au Maroc ne faiblit pas. Une étude récente du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation relance la controverse en concluant que le maintien de l’heure avancée toute l’année impose des coûts avérés sur la santé publique, la sécurité routière et l’équité territoriale, pour des bénéfices énergétiques et économiques jugés limités.
Selon cette analyse consacrée à la « souveraineté temporelle » du Maroc, l’argument historique des économies d’énergie ne repose sur aucune preuve concluante. Les données internationales citées montrent que des expériences comparables, notamment en Turquie, n’ont pas généré d’économies significatives. Une étude américaine de référence évoque même une hausse de 1 % de la consommation électrique résidentielle sous l’effet de l’heure d’été permanente. Dans ce contexte, les auteurs appellent à publier les données horaires de consommation électrique pour évaluer de manière transparente l’impact réel du GMT+1 sur l’énergie au Maroc.
Sur le plan sanitaire, les conclusions sont plus tranchées. Le décalage par rapport à l’heure solaire naturelle favoriserait ce que les chercheurs appellent le « décalage social », soit un désalignement entre l’horloge biologique et l’horloge légale. En moyenne, les Marocains perdraient 19 minutes de sommeil par nuit. Chez les adolescents, la perte pourrait atteindre 32 minutes, avec des répercussions sur la concentration, la réussite scolaire et la santé globale. L’étude associe également ce manque chronique de sommeil à des risques accrus d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires.
La sécurité routière constitue un autre point d’alerte. Les matinées sombres en hiver, conséquence directe du maintien du GMT+1, sont corrélées dans plusieurs travaux scientifiques à une hausse du risque d’accidents mortels pouvant dépasser 20 % à l’ouest des fuseaux horaires. Les auteurs recommandent ainsi la publication de données détaillées sur les accidents de la circulation afin d’analyser l’effet concret du « matin sombre » sur les routes marocaines.
Sur le volet économique, le gain est qualifié de « concentré ». Le GMT+1 offre une heure supplémentaire de chevauchement avec l’Union européenne, avantage stratégique pour l’offshoring, les centres d’appels et certaines industries exportatrices. En revanche, il réduit le temps de recouvrement avec Londres et New York, ce qui pourrait freiner la diversification vers les marchés anglo-saxons. À l’heure de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, la pertinence de l’argument du chevauchement horaire humain mérite, selon l’étude, une réévaluation périodique.
Face à ces constats, plusieurs recommandations sont formulées. À court terme, les chercheurs préconisent un décalage obligatoire des horaires scolaires et administratifs à 9 heures, de novembre à février, pour atténuer l’impact du matin sombre. À moyen terme, ils suggèrent de confier une étude coût-bénéfice indépendante au conseil économique, social et environnemental, ainsi que d’organiser une consultation nationale élargie.
À l’horizon de trois ans, trois scénarios sont envisagés : un retour définitif au GMT, le maintien du GMT+1 avec mesures correctives permanentes, ou l’adoption d’un système saisonnier. Le choix, insistent les auteurs, devra reposer sur des données scientifiques robustes et un débat public transparent, afin d’arbitrer entre compétitivité économique, santé publique et sécurité routière.

