La mobilisation des avocats marocains franchit un nouveau cap. L’Association des Barreaux du Maroc (ABAM) a annoncé une grève nationale de sept jours, du 15 au 21 juin 2026, en réaction à l’aggravation des tensions avec le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Cette décision intervient alors que le projet de loi encadrant la profession d’avocat poursuit son parcours législatif et que les relations entre les représentants de la profession et le département de la Justice se détériorent davantage.
Réuni à Rabat, le bureau de l’Association a décidé de suspendre l’ensemble des prestations professionnelles durant cette période. Les avocats présentent cette action comme un avertissement et laissent entendre que d’autres formes de protestation pourraient être engagées si leurs revendications ne sont pas entendues.
À l’origine de cette nouvelle escalade figurent les déclarations du ministre de la Justice devant le Parlement. Abdellatif Ouahbi a évoqué les écarts existant dans les indemnités accordées au titre de l’aide judiciaire, affirmant qu’une majorité d’avocats perçoit des montants modestes tandis qu’une minorité bénéficie de sommes nettement plus importantes. Des propos qui ont suscité une vive réaction au sein de la profession.
Dans un communiqué diffusé le 11 juin, l’Association des Barreaux du Maroc estime que ces déclarations portent atteinte à l’image des avocats, de leurs institutions représentatives et de leurs responsables. L’organisation considère que les accusations formulées sous la coupole parlementaire sont de nature à discréditer la profession auprès de l’opinion publique et qualifie ces propos de provocateurs.
Les responsables de l’Association dénoncent également ce qu’ils perçoivent comme une succession de prises de position hostiles du ministre à l’égard des avocats. Selon eux, les déclarations récentes s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par les débats autour de la réforme de la profession.
Le différend dépasse en effet la seule question de l’aide judiciaire. Depuis plusieurs mois, les représentants des barreaux contestent plusieurs dispositions du projet de loi relatif à l’exercice de la profession d’avocat. Ils s’inquiètent notamment d’une réduction de l’autonomie de la profession vis-à-vis du ministère public et d’un affaiblissement du rôle traditionnel des bâtonniers dans certaines procédures disciplinaires et professionnelles.
La question de la formation des futurs avocats alimente également les discussions. Le texte prévoit un encadrement accru par le ministère de la Justice et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, une orientation qui suscite des réserves parmi les professionnels du secteur. Le projet continue actuellement d’être examiné au sein de la Chambre des conseillers, où les débats se poursuivent entre les différents groupes parlementaires.
Dans le cadre de ce dossier, une délégation de l’Association des Barreaux du Maroc a récemment rencontré des membres de la Commission de la justice, de la législation et des droits de l’homme à la Chambre des conseillers, issus aussi bien de la majorité que de l’opposition. Ces échanges ont porté sur les derniers amendements et sur les préoccupations exprimées par les avocats concernant l’avenir de leur profession.
Estimant que la situation a atteint un seuil critique, l’Association a décidé d’adresser une correspondance officielle au chef du gouvernement afin de dénoncer ce qu’elle qualifie de discours accusateur visant les avocats et leurs institutions. L’organisation entend ainsi obtenir une intervention politique susceptible d’apaiser les tensions et de relancer le dialogue.
Pour l’heure, aucun signe de rapprochement ne se dessine entre les deux parties. Malgré plusieurs tentatives de médiation engagées ces derniers mois, le conflit entre les avocats marocains et le ministère de la Justice continue de s’envenimer, laissant planer l’éventualité d’un durcissement du mouvement dans les semaines à venir.


