Le Maroc recule dans l’Indice de perception de la corruption 2025 publié par Transparency International. Avec un score de 39 sur 100, le Royaume se classe à la 91ᵉ place sur 182 pays, confirmant une dynamique défavorable déjà observée depuis plusieurs années. Ce résultat, rendu public le 10 février 2026, reflète un essoufflement durable des politiques de lutte contre la corruption et alimente les inquiétudes des acteurs de la société civile.
Selon Transparency Maroc, qui suit cet indicateur depuis plus de deux décennies, la trajectoire est préoccupante. Depuis 2012, le pays évolue dans une zone de stagnation, oscillant entre la 73ᵉ et la 99ᵉ place, sans parvenir à inscrire des avancées structurelles durables. Après un léger mieux enregistré en 2018, avec un score de 43 sur 100, la tendance s’est inversée. En sept ans, le Maroc a perdu quatre points et dix-huit places dans le classement mondial, un recul que l’ONG attribue à des choix politiques et législatifs jugés contradictoires avec les engagements constitutionnels.

La critique vise en premier lieu l’abandon, au début du mandat gouvernemental actuel, de deux projets de loi considérés comme centraux par les défenseurs de la transparence : celui incriminant l’enrichissement illicite et celui portant sur l’occupation illégale des biens publics. À ces retraits s’ajoutent, selon Transparency, des évolutions législatives perçues comme des reculs, notamment l’adoption de la loi 03.23 relative à la procédure pénale. Les articles 3 et 7 de ce texte limitent la capacité des associations et de la société civile à saisir la justice dans les affaires de corruption liées à la gestion des fonds publics, une restriction que l’ONG estime contraire à la Constitution de 2011 et aux conventions internationales ratifiées par le Maroc.
Ce constat s’inscrit dans un contexte institutionnel plus large. Transparency Maroc évoque le gel prolongé de plusieurs réformes prévues par la Constitution, en particulier celles encadrant les conflits d’intérêts, la déclaration de patrimoine, le droit d’accès à l’information et la protection des lanceurs d’alerte. Autant de dispositifs considérés comme des piliers d’un système anticorruption crédible et efficace, mais dont la mise en œuvre reste incomplète ou fragmentée.
Au-delà des seuls indicateurs de gouvernance, l’ONG établit un lien direct entre la corruption et l’état des libertés publiques. Le recul enregistré dans l’Indice de perception de la corruption s’accompagne, selon elle, d’une dégradation de la liberté d’expression. En 2025, le Maroc occupait la 120ᵉ place sur 180 pays dans le classement de Reporters sans frontières. Transparency pointe notamment l’adoption d’une loi controversée sur le Conseil national de la presse, perçue comme déséquilibrée par de nombreux professionnels du secteur.
Pour l’organisation, ces signaux convergents dessinent le portrait d’un système où la corruption ne relève plus de pratiques isolées, mais tend à s’ancrer durablement dans le fonctionnement de certaines institutions. Cette situation, prévient Transparency International, fragilise la confiance des citoyens, freine l’investissement, alimente les rentes économiques et fait peser des risques réels sur la stabilité sociale et politique du pays.
Le classement 2025 agit ainsi comme un rappel sévère des engagements encore en suspens. À l’heure où le Maroc ambitionne de renforcer son attractivité économique et son positionnement régional, la question de la lutte contre la corruption demeure un enjeu central, étroitement lié à la crédibilité de l’action publique et à la consolidation de l’État de droit.


