Le Maroc accélère sa stratégie de développement de l’industrie navale avec l’ambition de faire émerger un écosystème industriel intégré, capable de créer davantage de valeur ajoutée, d’attirer les investissements et de renforcer la souveraineté économique du Royaume. Réunis à Casablanca à l’occasion du « Mardi de la branche de l’industrie navale », organisé par la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME), les ministres de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, et de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, ont affiché une volonté commune de structurer une véritable filière nationale, dont la feuille de route 2026-2030 est désormais en préparation.
Lors de cette rencontre, Ryad Mezzour a souligné que le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts majeurs grâce aux investissements réalisés dans les infrastructures portuaires sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Selon lui, la prochaine étape consiste à dépasser le rôle de plateforme de transit maritime pour devenir un acteur industriel produisant des équipements, des technologies et des services liés à l’économie maritime.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce a rappelé que plus de 100.000 navires marchands transitent chaque année au large des côtes marocaines. Cette position géographique exceptionnelle représente, selon lui, un levier stratégique pour développer une industrie créatrice de valeur, favoriser les transferts technologiques et générer des emplois qualifiés.
L’objectif affiché va bien au-delà de la réparation navale. Le Royaume entend développer une chaîne industrielle complète intégrant la conception, l’ingénierie, les équipements, les systèmes électroniques et les technologies de pointe, en s’appuyant sur l’expérience acquise dans les secteurs automobile et aéronautique, devenus des références industrielles au Maroc.
Prenant la parole à son tour, Nizar Baraka a inscrit cette ambition dans le prolongement de la Vision Royale en faveur de la façade atlantique. Il a rappelé que le discours prononcé par le Souverain à l’occasion du 48ᵉ anniversaire de la Marche Verte a consacré la valorisation de l’économie maritime comme un enjeu stratégique de souveraineté nationale. Dans cette perspective, le développement de la construction et de la réparation navales ne relève plus uniquement d’une politique sectorielle, mais constitue un choix structurant pour l’avenir économique du pays.
Le ministre de l’Équipement et de l’Eau a mis en avant les nombreux atouts du Royaume. Avec 3.500 kilomètres de côtes, 44 ports, dont 14 ouverts au commerce extérieur, le Maroc bénéficie d’une position géographique favorable pour devenir un acteur régional de référence dans les industries navales. Malgré ce potentiel, les performances économiques du secteur restent limitées.
Selon les données du Conseil économique, social et environnemental, la contribution de l’industrie navale au produit intérieur brut ne dépasse pas 0,01 %, tandis que seulement 700 emplois ont été créés entre 2013 et 2022. Ces chiffres traduisent les difficultés auxquelles fait face la filière, notamment le manque d’infrastructures spécialisées, un cadre réglementaire vieillissant, des mécanismes de financement insuffisants, une pénurie de compétences techniques ainsi qu’une gouvernance encore fragmentée.
Pour lever ces obstacles, le ministère poursuit le développement des infrastructures portuaires en cohérence avec les évolutions du commerce maritime mondial. Nizar Baraka a rappelé qu’un schéma directeur consacré aux infrastructures dédiées à la construction et à la réparation navales avait été élaboré dès 2016 avec le ministère de l’Industrie et du Commerce. Doté d’un investissement global de près de 4 milliards de dirhams, ce programme complète la stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030.
Parmi les principaux projets figure le nouveau chantier naval du port de Casablanca, réalisé pour un coût de 2,7 milliards de dirhams. Les autorités accélèrent actuellement les procédures destinées à confier son exploitation au secteur privé. Des études sont également en cours afin de développer de nouvelles infrastructures spécialisées dans les ports d’Agadir et de Dakhla Atlantique, avec l’objectif de constituer un réseau portuaire capable d’attirer les investisseurs internationaux et de renforcer la compétitivité du Royaume.
Le plan national prévoit également de positionner le Maroc sur plusieurs segments à forte valeur ajoutée : la construction de navires de moins de 120 mètres, la maintenance des flottes nationales et étrangères, le démantèlement des navires ainsi que la fabrication de plateformes maritimes.
Le développement de cette industrie passe aussi par un important chantier de modernisation réglementaire et de montée en compétences. Nizar Baraka a plaidé pour une révision du cadre juridique et fiscal, la création de mécanismes de financement adaptés ainsi qu’un renforcement des formations spécialisées dans les métiers de l’ingénierie navale, de la maintenance et de la gestion des infrastructures portuaires. Il a notamment salué la création d’une filière d’ingénierie dédiée à la construction et à la maintenance navales à l’Institut supérieur d’études maritimes, dont la première promotion a été diplômée en 2024.
Cette rencontre marque le lancement des travaux d’élaboration de la feuille de route de l’industrie navale 2026-2030, appelée à définir une vision commune entre les pouvoirs publics et les opérateurs privés. L’ambition est de bâtir une industrie navale marocaine compétitive, innovante et tournée vers l’export, capable de renforcer durablement la souveraineté industrielle et maritime du Royaume.

