Tandis que la place casablancaise signe l’un de ses meilleurs débuts d’année, un revers discret mais significatif se dessine en toile de fond : la dépréciation du dollar face au dirham a pesé lourd sur les comptes de plusieurs exportateurs. Derrière la performance globale du marché, un jeu de contrastes s’installe entre secteurs gagnants et perdants du premier semestre 2025.
Dans un climat économique apaisé et une inflation tombée sous la barre symbolique de 1 %, la Bourse de Casablanca a bouclé le premier semestre 2025 sur une note résolument positive. Selon le dernier rapport d’Attijari Global Research (AGR), le chiffre d’affaires cumulé des sociétés cotées s’est hissé à un niveau inédit, progressant de 7 % sur un an, tandis que le résultat opérationnel récurrent a bondi de 14,5 %, atteignant 43,3 milliards de dirhams. Cette dynamique a propulsé la marge opérationnelle à 25,9 %, un record sur les trois dernières années.
Une embellie qui s’explique par la baisse des tensions inflationnistes mondiales et la maîtrise des coûts opérée par nombre d’entreprises depuis la pandémie. Les bénéfices récurrents, eux, ont crû de 14,1 %, pour s’établir à 24,2 milliards de dirhams contre 21,6 milliards un an plus tôt.
Mais derrière ces chiffres flatteurs, une ombre s’invite au tableau : la dépréciation du dollar de 4,4 % face au dirham. Ce mouvement de change a pénalisé une dizaine d’exportateurs marocains, amputant leurs marges et effaçant partiellement les gains liés à la reprise mondiale. L’effet devise a ainsi rappelé la vulnérabilité structurelle d’un pan de l’économie marocaine aux fluctuations du billet vert.
Malgré cet aléa, le bilan semestriel reste majoritairement positif : 57 sociétés cotées, représentant 86 % de la capitalisation boursière, ont vu leurs résultats s’améliorer par rapport à 2024. Seize groupes ont toutefois accusé un repli, et cinq affichent des pertes nettes, parmi lesquels HPS, SNEP, Unimer, M2M Group et Stokvis Nord.
Le moteur de la cote reste, sans surprise, le secteur bancaire, qui concentre près des deux tiers de la croissance bénéficiaire du marché. Sa contribution, estimée à 1,9 milliard de dirhams, s’explique par la progression continue du Produit Net Bancaire, portée à la fois par la dynamique du crédit et la diversification des revenus hors intérêts.
Autre surprise du semestre : le retour en grâce du secteur cimentier, longtemps à la peine. Avec une hausse de 28 % de son résultat net part du groupe et une contribution de 329 millions de dirhams à la croissance globale, l’industrie du ciment renoue avec un cycle haussier soutenu par la relance des chantiers et la demande en logements.
Certains secteurs ont également brillé par leur envolée : l’automobile (+93 %), la santé (+74 %) et l’immobilier (+42 %) ont affiché des performances remarquables, traduisant la vitalité retrouvée de segments autrefois fragilisés.
Reste que cette euphorie pourrait se tasser dans les prochains mois. AGR anticipe une normalisation de la croissance des bénéfices au second semestre, freinée par un effet de base élevé et des incertitudes persistantes sur les marchés de change. Si la Bourse de Casablanca conserve ses fondamentaux solides, la vigilance demeure de mise pour les investisseurs : le nerf de la guerre, désormais, se jouera sur la capacité des entreprises exportatrices à naviguer entre rentabilité et volatilité monétaire.


