La Chambre des représentants a adopté, lundi soir, le projet de loi n° 09.26 portant réorganisation du Conseil national de la presse (CNP), par 70 voix pour et 25 contre, à l’issue d’une séance marquée par des positions tranchées entre majorité et opposition.
Présenté par le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, le texte s’inscrit dans une volonté de refonte du cadre régissant la profession journalistique au Maroc. Le responsable gouvernemental a défendu une réforme qu’il considère comme structurante pour le paysage médiatique national, en lien avec les exigences de bonne gouvernance, de transparence et de consolidation de l’État de droit.
Dans son argumentaire, le ministre a rappelé que cette initiative s’appuie sur un retour d’expérience de l’autorégulation mise en place ces dernières années. Une première étape jugée utile pour organiser la profession, mais qui a révélé, à l’épreuve des faits, plusieurs limites d’ordre juridique et institutionnel. Ces insuffisances ont alimenté, selon lui, des revendications émanant des professionnels, appelant à un encadrement plus précis et plus adapté aux mutations du secteur.
Le nouveau dispositif ambitionne ainsi de mieux encadrer l’équilibre entre la liberté de la presse, consacrée par la Constitution, et le respect des règles déontologiques. Parmi les nouveautés, figure la mise en place d’une commission chargée de superviser les opérations électorales et les procédures de désignation, avec pour objectif de garantir davantage de transparence et d’autonomie dans le fonctionnement du Conseil.
Au-delà de l’architecture institutionnelle, la réforme entend repositionner le CNP comme un acteur central de la régulation professionnelle, dans un contexte marqué par l’essor des plateformes numériques, la circulation rapide de l’information et la montée des risques liés à la désinformation. Le texte vise à doter l’institution des moyens nécessaires pour faire face à ces défis tout en préservant l’indépendance du corps journalistique.
Du côté de la majorité parlementaire, les amendements introduits ont été globalement salués. Les groupes soutenant le gouvernement estiment que le projet a gagné en cohérence, notamment après la prise en compte des observations formulées par la Cour constitutionnelle dans sa décision n° 261/26. Ils mettent en avant des ajustements ayant permis de clarifier les compétences du Conseil, d’améliorer les mécanismes de gouvernance et de renforcer son cadre institutionnel.
Les députés de la majorité insistent également sur la nécessité d’assurer une représentation équilibrée des différentes composantes du secteur. À leurs yeux, l’autorégulation ne peut fonctionner sans une base démocratique solide, reposant sur la pluralité et une répartition équitable des voix au sein de l’instance.
Ils soulignent toutefois que la portée réelle de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre concrète. L’efficacité du Conseil national de la presse sera conditionnée par les moyens qui lui seront accordés et par la capacité des acteurs à s’approprier ce nouvel outil de régulation.
Face à cette lecture, l’opposition adopte une posture nettement plus critique. Les groupes parlementaires concernés estiment que la nouvelle version du texte ne corrige pas les déséquilibres fondamentaux relevés auparavant, notamment ceux pointés dans la décision de la Cour constitutionnelle. Ils reprochent au gouvernement de ne pas avoir engagé une révision en profondeur du dispositif.
Parmi les points de friction, la question de la représentativité des éditeurs suscite de vives réserves. L’opposition conteste le maintien du critère du chiffre d’affaires, jugé discriminant et susceptible de favoriser les grands groupes au détriment de la diversité médiatique. Elle y voit un risque de déséquilibre dans la composition du Conseil, accentué par la combinaison des mécanismes d’élection et de désignation.
Les critiques portent également sur l’absence d’une démarche consensuelle plus large, impliquant l’ensemble des acteurs du secteur. Pour l’opposition, la confiance dans le système d’autorégulation passe par une adhésion collective, qui ne peut être obtenue sans un dialogue approfondi avec les professionnels.
En dépit de ces divergences, le projet de loi n° 09.26 ouvre une nouvelle phase dans l’organisation du champ médiatique marocain. Entre volonté de modernisation et exigences de représentativité, le chantier de la régulation de la presse reste étroitement lié à l’évolution des pratiques journalistiques et aux équilibres institutionnels. La suite dépendra désormais de l’application concrète du texte et de sa capacité à répondre aux attentes d’un secteur en pleine transformation.


