La fuite du président Andry Rajoelina marque la fin d’un long cycle d’illusions pour Madagascar. Dix-huit jours de mobilisation, initiés par une jeunesse excédée par les coupures d’eau et d’électricité, auront suffi à faire tomber un pouvoir usé et déconsidéré. Dans un pays rongé par la corruption et les inégalités, cette révolte générationnelle a ouvert un nouveau chapitre, porteur d’espoir autant que d’incertitudes.
C’est sans violence majeure que l’armée a finalement basculé du côté des manifestants, scellant la chute d’un président arrivé au pouvoir à la faveur d’un putsch en 2009 avant d’être élu à deux reprises lors de scrutins controversés. Promettant de faire de la Grande Île un pays émergent, Andry Rajoelina aura laissé derrière lui un bilan calamiteux : infrastructures délabrées, éducation sinistrée et population plongée dans une pauvreté endémique. Huit Malgaches sur dix vivent aujourd’hui avec moins de trois dollars par jour.
Pendant que le pays s’enfonçait, un cercle restreint de proches du président prospérait, captant les marchés publics et monopolisant l’exploitation des richesses naturelles. Ce système d’accaparement, devenu structurel, a nourri un ressentiment profond, particulièrement parmi les jeunes, décidés à reprendre leur avenir en main.
Depuis son exil à Dubaï, Andry Rajoelina tente de contester sa destitution, invoquant une rupture de l’ordre constitutionnel. Il redoute -non sans raison- que le renversement militaire ne pousse les bailleurs internationaux à suspendre leurs aides. Ironie du sort : celui-là même qui avait foulé aux pieds le droit en 2009 se réclame désormais de la légalité pour défendre sa cause.
Les militaires, désormais maîtres du pouvoir, sauront-ils répondre aux aspirations d’une population en quête de dignité ? Rien ne le garantit. Mais les partenaires étrangers, qui ont si longtemps toléré les dérives d’un régime corrompu, auraient tort de sanctionner un peuple qui vient de se libérer d’un dirigeant discrédité.
Enfin, la réaction du président français Emmanuel Macron, évoquant la « continuité institutionnelle » à Madagascar, a suscité un profond malaise. Ce réflexe diplomatique, souvent réservé aux alliés africains compromis mais fidèles à Paris, a été perçu comme une trahison par une opinion malgache jusque-là francophile. En cherchant à ménager la stabilité, le chef de l’État français n’aura réussi qu’à exposer, une fois de plus, le décalage entre la posture officielle de la France et les réalités du continent africain.

