Le Maroc s’impose progressivement comme l’un des maillons stratégiques de la nouvelle géographie mondiale de l’industrie verte. À la faveur des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de l’accélération de la transition énergétique mondiale, le Royaume attire un volume croissant d’investissements chinois dans les secteurs des énergies renouvelables, des batteries et des véhicules électriques.
Une étude récente du Stimson Center, groupe de réflexion américain spécialisé dans les questions géopolitiques et de sécurité internationale, met en lumière la place de plus en plus centrale occupée par le Maroc dans la stratégie industrielle de Pékin. Pour la Chine, confrontée aux perturbations des routes commerciales traditionnelles et aux risques liés aux tensions régionales, le Royaume représente désormais une plateforme stable capable de sécuriser une partie de ses chaînes d’approvisionnement liées à l’économie verte.
Depuis l’adhésion du Maroc à l’Initiative « Belt and Road » en 2017, les investissements chinois ont connu une nette accélération. Les groupes industriels chinois multiplient leur présence dans les projets liés aux énergies propres, aux infrastructures logistiques et à la fabrication de composants destinés aux véhicules électriques.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte international marqué par une profonde recomposition des circuits industriels. Les tensions persistantes dans le Golfe, les perturbations du trafic maritime en mer Rouge ainsi que les incertitudes autour du détroit d’Ormuz poussent plusieurs puissances industrielles à diversifier leurs bases de production et leurs routes commerciales.
Dans cette nouvelle équation mondiale, le Maroc bénéficie d’atouts particulièrement recherchés. Sa proximité avec l’Europe, son réseau d’accords de libre-échange, la modernisation de ses infrastructures logistiques et son positionnement entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie renforcent son attractivité auprès des industriels chinois.
Le port Tanger Med occupe une place centrale dans cette stratégie. Connecté aux principales routes maritimes internationales et soutenu par des infrastructures ferroviaires modernes comme la ligne à grande vitesse Al Boraq, le complexe logistique marocain permet aux industriels d’accéder rapidement aux marchés européens et africains tout en limitant leur exposition aux risques géopolitiques régionaux.
Le développement de la zone industrielle Tanger Tech illustre cette montée en puissance. Plusieurs entreprises chinoises spécialisées dans les batteries et les composants pour véhicules électriques y ont lancé des investissements majeurs afin de rapprocher leurs capacités de production des consommateurs européens.
Le Maroc dispose également d’un autre avantage stratégique : ses importantes réserves de phosphate. Cette ressource joue un rôle clé dans la fabrication de certaines batteries utilisées dans l’industrie automobile électrique. À cela s’ajoute la présence d’un écosystème automobile déjà structuré autour des usines Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra, capables d’intégrer progressivement de nouvelles chaînes de valeur industrielles liées à la mobilité électrique.
Les investissements chinois concernent aussi les énergies renouvelables. Des groupes chinois participent à plusieurs projets énergétiques structurants, notamment dans le solaire et l’éolien. Le complexe Noor de Ouarzazate demeure l’un des symboles les plus visibles de cette transformation énergétique engagée par le Royaume depuis plusieurs années.
Cette coopération sino-marocaine répond à des intérêts convergents. Rabat cherche à accélérer sa transition énergétique, à renforcer sa souveraineté industrielle et à attirer davantage d’investissements à forte valeur ajoutée. Pékin, de son côté, cherche à consolider sa présence industrielle à proximité des marchés européens tout en sécurisant ses approvisionnements dans un environnement international devenu plus instable.
Le rapport du Stimson Center souligne néanmoins plusieurs défis structurels. Malgré les progrès réalisés dans les énergies renouvelables, le Maroc reste fortement dépendant des importations de charbon, de pétrole et de gaz. Le développement du réseau électrique national apparaît également comme une condition essentielle pour absorber l’augmentation future de la production d’énergie verte et accompagner l’expansion industrielle du pays.
Les auteurs de l’étude mettent aussi en garde contre le risque d’une création de valeur limitée si les investissements étrangers ne s’accompagnent pas de transferts technologiques, de montée en compétence locale et d’un renforcement du tissu industriel marocain.
Dans un contexte de rivalités économiques mondiales et de transformation accélérée des chaînes d’approvisionnement, le Maroc consolide toutefois sa position parmi les plateformes émergentes de l’industrie verte internationale. Entre logistique, automobile, phosphate et énergies renouvelables, le Royaume apparaît désormais comme l’un des partenaires les plus stratégiques de la Chine sur le continent africain.


