En 2024, le Maroc s’est imposé comme un acteur majeur du commerce mondial des engrais en se classant cinquième exportateur mondial avec 5,2 milliards de dollars de ventes à l’international, selon les données compilées par RIA Novosti à partir de sources onusiennes et nationales. Malgré une légère baisse par rapport aux 5,45 milliards de dollars enregistrés en 2023, le Royaume maintient sa position stratégique dans un marché dominé par la Russie, la Chine, le Canada et l’Union européenne.
Ce rang est le fruit d’une dynamique portée par le groupe OCP, leader mondial des phosphates, qui continue de jouer un rôle central dans la sécurité alimentaire internationale. En 2024, les engrais ont représenté 69 % de ses revenus, contre 66 % l’année précédente, avec une forte progression du segment des engrais phosphatés. Le Triple Super Phosphate (TSP), notamment, a vu ses exportations grimper de 48 % sur un an, représentant désormais 21 % des expéditions globales d’engrais du groupe, contre 15 % en 2023. Les marchés d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Inde et du Brésil figurent parmi les principaux débouchés.
La percée marocaine au Brésil illustre particulièrement cette évolution. En avril 2025, le Royaume est devenu le deuxième fournisseur d’engrais de ce marché en pleine expansion, doublant le Canada grâce à des exportations de 219 millions de dollars, soit une hausse de 130 % par rapport à la même période l’année précédente. Seule la Russie devance encore le Maroc, avec 348 millions de dollars d’exportations vers ce pays sud-américain.
Au niveau global, la Russie reste en tête avec plus de 13 milliards de dollars d’engrais exportés en 2024, captant plus de 22 % du marché mondial. Elle est suivie par la Chine (8,5 milliards de dollars), le Canada (6,7 milliards) et l’Union européenne (6,6 milliards). Toutefois, l’UE conserve un statut particulier : bien qu’elle figure parmi les grands exportateurs, elle reste un importateur net, ses achats dépassant ses ventes de 300 millions de dollars.
La performance du Maroc ne repose pas uniquement sur les volumes exportés, mais sur une vision industrielle long terme. À Jorf Lasfar, deux nouvelles lignes d’acide sulfurique ont été mises en service, et une unité de production d’engrais est entrée en activité en juillet 2024. Le programme TSP Hub est également en cours de déploiement, avec une première phase opérationnelle attendue avant la fin de l’année. En parallèle, le plan Mzinda-Meskala vise à augmenter la capacité de production de 9 millions de tonnes d’engrais d’ici 2028.
La stratégie de l’OCP intègre aussi une dimension de partenariat Sud-Sud, notamment avec plusieurs pays africains. Des accords ont été signés avec les ministères de l’Agriculture du Cameroun, du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou encore de la Tanzanie. Ces collaborations visent à améliorer l’accès aux engrais, soutenir les chaînes de valeur locales et mettre en place des programmes agricoles adaptés aux besoins des régions concernées. Le développement d’unités de mélange et de production sur le continent permet également de rapprocher l’offre des zones agricoles, réduisant ainsi les coûts logistiques.
Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte international marqué par des défis majeurs liés à la sécurité alimentaire, au changement climatique et à la souveraineté agricole. En proposant des engrais adaptés aux besoins des sols et des cultures locales, le Maroc se positionne comme un levier de croissance agricole pour de nombreux pays du Sud. Au-delà des performances économiques, cette stratégie reflète un engagement pour une agriculture résiliente et durable à l’échelle mondiale.


