Le Maroc se prépare à transformer profondément son système énergétique grâce à un potentiel encore largement sous-exploité : le solaire sur toitures et les véhicules électriques. Selon le dernier rapport de l’Initiative IMAL pour le Climat et le Développement, le Royaume pourrait compter 2,5 millions de véhicules électriques en circulation d’ici 2035, capables de restituer de l’électricité au réseau via la technologie Vehicle-to-Grid (V2G). Cette flotte, combinée à un maillage solaire urbain, offrirait un stockage mobile équivalant à 91 % de la demande nationale, couvrant jusqu’à 98 % des besoins de recharge et renforçant la résilience du réseau électrique.
L’étude, la première du genre au Maroc à analyser en profondeur les Systèmes Énergétiques Renouvelables Décentralisés (SERD), met en lumière le rôle stratégique des toits des bâtiments dans la production d’électricité verte. Les projections modélisées indiquent qu’un déploiement ambitieux pourrait générer 66,8 térawattheures (TWh) d’électricité à l’horizon 2035, avec une capacité installée de 28,58 gigawatts (GW). Cette production permettrait d’éviter 48,19 millions de tonnes de CO₂ et créerait jusqu’à 43 000 emplois répartis sur l’ensemble du territoire, renforçant ainsi l’ancrage économique et social de la transition énergétique.
Le rapport souligne que même dans un scénario plus modeste, les gains restent significatifs : 20 TWh produits, 8,57 GW installés, 14,46 millions de tonnes de CO₂ évitées et un marché économique potentiel de 9,3 milliards de dollars. L’étude s’appuie sur des données officielles du Haut-Commissariat au Plan et prend en compte les technologies complémentaires, telles que le stockage par batteries et les bornes de recharge bidirectionnelles, pour assurer un système flexible et optimisé.
Cette révolution silencieuse repose sur l’engagement citoyen. Les ménages et entreprises peuvent devenir de véritables acteurs de la production énergétique, évoluant vers un statut de “prosumer” capable de produire, stocker, consommer et redistribuer de l’électricité. La combinaison du solaire sur toitures et de la mobilité électrique intelligente permet de moduler la demande, de stabiliser le réseau et de diminuer la dépendance aux énergies fossiles importées.
Toutefois, le rapport met en lumière des freins réglementaires persistants. L’absence d’un cadre structurant, d’un registre national des installations et de mécanismes de soutien financiers limite actuellement l’essor de ces solutions. Pour lever ces obstacles, IMAL recommande l’opérationnalisation de la loi 82-21 sur l’autoproduction dès 2026, le déploiement de réseaux intelligents, l’adoption de tarifs dynamiques, l’intégration de normes vertes dans les codes du bâtiment et la création d’un fonds national pour accompagner les ménages et PME souhaitant investir dans ces technologies.
Au-delà des chiffres et de la technologie, cette approche offre une opportunité unique de dynamiser l’industrie locale, de créer des emplois et de renforcer la solidarité énergétique nationale. En impliquant citoyens, collectivités et entreprises, le Maroc pourrait poser les bases d’un système électrique résilient, compétitif et durable, en phase avec les objectifs climatiques du Nouveau Modèle de Développement.


