Il y a des films qui racontent une histoire. Et il y a ceux qui semblent la porter depuis toujours. Avec Maryam Touzani, Calle Málaga appartient à cette seconde catégorie : un film nourri de mémoire familiale, de langue héritée, de deuil transformé en geste de création.
Présenté à la Mostra de Venise, où il a remporté le Prix du public dans la section Venice Spotlight, puis salué à Toronto International Film Festival, au Mar del Plata International Film Festival où il a notamment décroché le prix du Meilleur film et un prix d’interprétation pour Carmen Maura, ou encore distingué au Tromsø International Film Festival, Calle Málaga arrive dans les salles marocaines le 22 avril avec la densité rare des œuvres qui ont déjà trouvé leur résonance dans le monde. Le film a également été choisi pour représenter le Maroc aux Oscars dans la catégorie du Meilleur film international
Le récit suit María Ángeles, octogénaire espagnole installée à Tanger, qui lutte pour conserver son appartement face à la volonté de sa fille de le vendre. Mais derrière cette trame, il y a autre chose : un film sur l’appartenance, sur ce que signifie habiter un lieu, une langue, un souvenir.
C’est précisément ce qu’a confié Maryam Touzani lors de notre rencontre. Pour la réalisatrice, cette histoire n’a rien d’une projection abstraite. Elle en connaît les textures intimes. Sa grand-mère maternelle était espagnole, avait vécu à Tanger, et cet héritage irrigue naturellement le film. Le choix de tourner en espagnol n’était, selon elle, ni manifeste ni rupture, mais une évidence presque organique. C’est sa langue maternelle, celle dans laquelle elle échangeait avec sa mère et sa grand-mère.
Et c’est peut-être là que Calle Málaga touche à quelque chose de plus secret. Touzani raconte avoir commencé à écrire le film après la disparition de sa mère. Comme un besoin émotionnel. Une façon, dit-elle en substance, de maintenir cette présence auprès d’elle. Rarement un film aura assumé avec autant de pudeur d’être aussi un espace de survivance.
Ce qui frappe, c’est que ce film en espagnol est profondément marocain. Non pas par folklore, mais par enracinement. Tanger y apparaît comme une ville vécue, non décorative. Une ville intérieure.
Face à Ahmed Boulane, qui incarne dans le film une présence sensible et inattendue, l’admiration pour le projet est manifeste. Il parle d’un film « magnifique », et décrit le travail avec Touzani comme une expérience intense, portée par une réalisatrice qui sait exactement ce qu’elle veut. Une rigueur, dit-il, qui donne au plateau une densité particulière.
Boulane formule surtout un vœu : que Calle Málaga trouve au Maroc le public qu’il a déjà rencontré ailleurs, au fil des festivals et des distinctions internationales.
C’est peut-être l’un des enjeux de cette sortie du 22 avril : voir comment le public marocain accueillera ce film singulier, à la croisée de plusieurs mémoires, de plusieurs langues, de plusieurs rives.
Après The Blue Caftan, Touzani poursuit une œuvre où l’intime n’est jamais repli, mais ouverture. Avec Calle Málaga, elle ne filme pas seulement une femme qui refuse de perdre sa maison. Elle filme ce que chacun tente, un jour, de sauver de sa propre histoire.
une histoire. Et il y a ceux qui semblent la porter depuis toujours. Avec Maryam Touzani, Calle Málaga appartient à cette seconde catégorie : un film nourri de mémoire familiale, de langue héritée, de deuil transformé en geste de création.
Présenté à la Mostra de Venise, où il a remporté le Prix du public dans la section Venice Spotlight, puis salué à Toronto International Film Festival, au Mar del Plata International Film Festival où il a notamment décroché le prix du Meilleur film et un prix d’interprétation pour Carmen Maura, ou encore distingué au Tromsø International Film Festival, Calle Málaga arrive dans les salles marocaines le 22 avril avec la densité rare des œuvres qui ont déjà trouvé leur résonance dans le monde. Le film a également été choisi pour représenter le Maroc aux Oscars dans la catégorie du Meilleur film international.
Le récit suit María Ángeles, octogénaire espagnole installée à Tanger, qui lutte pour conserver son appartement face à la volonté de sa fille de le vendre. Mais derrière cette trame, il y a autre chose : un film sur l’appartenance, sur ce que signifie habiter un lieu, une langue, un souvenir.
C’est précisément ce qu’a confié Maryam Touzani lors de notre rencontre. Pour la réalisatrice, cette histoire n’a rien d’une projection abstraite. Elle en connaît les textures intimes. Sa grand-mère maternelle était espagnole, avait vécu à Tanger, et cet héritage irrigue naturellement le film. Le choix de tourner en espagnol n’était, selon elle, ni manifeste ni rupture, mais une évidence presque organique. C’est sa langue maternelle, celle dans laquelle elle échangeait avec sa mère et sa grand-mère.
Et c’est peut-être là que Calle Málaga touche à quelque chose de plus secret. Touzani raconte avoir commencé à écrire le film après la disparition de sa mère. Comme un besoin émotionnel. Une façon, dit-elle en substance, de maintenir cette présence auprès d’elle. Rarement un film aura assumé avec autant de pudeur d’être aussi un espace de survivance.
Ce qui frappe, c’est que ce film en espagnol est profondément marocain. Non pas par folklore, mais par enracinement. Tanger y apparaît comme une ville vécue, non décorative. Une ville intérieure.
Face à Ahmed Boulane, qui incarne dans le film une présence sensible et inattendue, l’admiration pour le projet est manifeste. Il parle d’un film « magnifique », et décrit le travail avec Touzani comme une expérience intense, portée par une réalisatrice qui sait exactement ce qu’elle veut. Une rigueur, dit-il, qui donne au plateau une densité particulière.
Boulane formule surtout un vœu : que Calle Málaga trouve au Maroc le public qu’il a déjà rencontré ailleurs, au fil des festivals et des distinctions internationales.
C’est peut-être l’un des enjeux de cette sortie du 22 avril : voir comment le public marocain accueillera ce film singulier, à la croisée de plusieurs mémoires, de plusieurs langues, de plusieurs rives.
Après The Blue Caftan, Touzani poursuit une œuvre où l’intime n’est jamais repli, mais ouverture. Avec Calle Málaga, elle ne filme pas seulement une femme qui refuse de perdre sa maison. Elle filme ce que chacun tente, un jour, de sauver de sa propre histoire.

