À quelques jours du lancement de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, la FIFA fait face à une nouvelle polémique autour de sa billetterie. L’instance mondiale du football est accusée d’avoir recours à des plateformes de revente non officielles afin d’écouler discrètement des billets invendus à des prix bien inférieurs à ceux affichés sur son propre système de revente.
L’affaire a pris de l’ampleur après les révélations de Florian Ederer, professeur d’économie et de politiques publiques à la Boston University. À travers plusieurs publications relayées sur les réseaux sociaux, le chercheur affirme avoir identifié de vastes blocs de sièges mis en vente sur SeatGeek, une plateforme de revente qui ne dispose pourtant d’aucun partenariat officiel avec la FIFA.
Selon son analyse, certaines places proposées à près de 700 dollars sur la plateforme officielle de la FIFA apparaissaient simultanément à environ 200 dollars sur SeatGeek. Plus encore, la structure des ventes intrigue les observateurs : des rangées complètes et des sections entières de tribunes seraient devenues disponibles de manière soudaine et répétée, un schéma jugé incompatible avec une simple revente entre particuliers.
Le cas du match entre l’Arabie saoudite et le Cap-Vert, programmé à Houston le 26 juin, est régulièrement cité pour illustrer ces soupçons. D’après Florian Ederer, ce type d’offre ressemble davantage à un déstockage organisé par les détenteurs initiaux des billets qu’à des transactions classiques effectuées par des supporters ou des revendeurs indépendants.
L’universitaire avance une explication économique : la FIFA chercherait à préserver officiellement des prix élevés tout en écoulant discrètement les invendus via des canaux secondaires. Une baisse publique des tarifs pourrait, selon lui, provoquer des demandes de remboursement ou ouvrir la voie à des litiges avec les acheteurs ayant payé leurs places à des montants beaucoup plus élevés.
La controverse intervient dans un contexte déjà tendu autour de la politique tarifaire du Mondial 2026. Depuis plusieurs mois, supporters et associations dénoncent le coût jugé excessif des billets. L’organisation Football Supporters Europe (FSE) estime qu’un fan souhaitant suivre son équipe du premier match jusqu’à la finale devrait dépenser au minimum 6 900 dollars, soit un budget largement supérieur à celui observé lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar.
L’association européenne a d’ailleurs saisi les autorités de concurrence à Bruxelles pour dénoncer plusieurs pratiques qu’elle considère comme abusives, notamment un manque de transparence dans les procédures de vente et une tarification jugée déloyale.
Aux États-Unis également, le dossier attire désormais l’attention des autorités. Les procureurs généraux des États de New York et du New Jersey ont récemment adressé des citations à comparaître à la FIFA afin d’obtenir des explications sur ses méthodes de commercialisation des billets. Ils pointent notamment des mécanismes susceptibles de créer une impression artificielle de rareté et de maintenir des prix particulièrement élevés.
Le tarif des places pour certaines affiches cristallise les critiques. D’après plusieurs estimations relayées ces derniers jours, le prix moyen d’un billet pour la finale du Mondial 2026 pourrait approcher les 13 000 dollars sur certains circuits de revente.
Pour l’heure, la FIFA n’a pas répondu publiquement aux accusations formulées par Florian Ederer. De son côté, SeatGeek a assuré qu’aucun partenariat de distribution n’existait avec l’instance dirigeante du football mondial.
Cette affaire fragilise davantage l’image de la FIFA à l’approche d’une Coupe du monde déjà marquée par les débats sur les prix, l’accessibilité des billets et la place grandissante des plateformes de revente dans l’économie du sport mondial.


