À quelques jours du coup d’envoi des Championnats du monde d’athlétisme à Tokyo (13-21 septembre), une décision de World Athletics suscite une vive polémique. Dès le 1er septembre, la fédération impose à toutes les concurrentes désireuses d’évoluer dans la catégorie féminine de se soumettre à un dépistage génétique, une règle inédite qui divise la communauté sportive et scientifique.
Le test, présenté comme un examen unique au cours de la carrière, vise à identifier la présence du gène SRY, situé sur le chromosome Y, associé au développement de caractéristiques masculines. En cas de résultat négatif, l’athlète peut concourir dans les épreuves féminines. Mais pour nombre de spécialistes, cette approche simpliste ne reflète pas la complexité biologique du sexe et ouvre la voie à des discriminations.
La championne olympique allemande Malaika Mihambo a dénoncé une mesure « réductrice sur le plan scientifique et discutable d’un point de vue juridique », quand l’Américaine Nikki Hiltz, coureuse de 1 500 m, regrette « le précédent dangereux » que crée ce règlement. La Belge Nafi Thiam, multiple championne olympique de l’heptathlon, s’interroge pour sa part sur la sincérité de l’argument consistant à vouloir « protéger le sport féminin », estimant que cette préoccupation n’avait pas été centrale jusqu’ici.
Malgré la fronde, Sebastian Coe, président de World Athletics, a salué l’adhésion majoritaire des athlètes à ce protocole, assurant que plus de 90 % d’entre elles avaient déjà été testées. Selon lui, la procédure, réalisée par prélèvement buccal ou sanguin, est « non intrusive » et garantit l’équité sportive. Or, plusieurs chercheurs rappellent que la biologie du sexe ne peut se réduire à un seul marqueur génétique, mêlant facteurs chromosomiques, hormonaux et gonadiques.
L’affaire se complique également sur le plan réglementaire. Au Canada, des erreurs techniques ont rendu certains tests invalides, tandis qu’en France, le projet de dépistage a buté sur le refus formel des autorités sanitaires, la loi bioéthique interdisant ce type d’examen depuis 1994. Résultat : les athlètes françaises devront attendre leur arrivée au Japon pour s’y soumettre.
Face à ces contraintes, plusieurs fédérations ont exprimé leur malaise. En Australie, un document officiel met en garde contre les « conséquences émotionnelles lourdes » d’un résultat positif et rappelle aux athlètes leur droit de refuser le test sur le territoire national. Une posture qui illustre l’ampleur des dilemmes éthiques, légaux et humains posés par ce nouveau règlement, à la veille d’un rendez-vous sportif mondial où l’athlétisme espérait pourtant célébrer la performance plutôt que la controverse.


