En l’espace de deux jours, le Népal a basculé dans une crise politique et sociale d’une rare intensité. Portée par une jeunesse excédée, la contestation a embrasé Katmandou et conduit à la chute du Premier ministre. Le bilan humain est lourd : 51 morts, dont 21 manifestants et trois policiers, et plus de 300 blessés.
Des réseaux sociaux au brasier de la rue
Tout est parti du blocage de Facebook, YouTube et X, décidé par les autorités quelques jours plus tôt. Le 8 septembre, des milliers de jeunes descendent dans les rues de la capitale pour dénoncer la censure et, plus largement, une élite accusée de vivre dans le luxe pendant qu’un cinquième des moins de 30 ans reste au chômage. Face à la foule, la police tire à balles réelles devant le Parlement. La colère enfle aussitôt.
Le lendemain, le gouvernement rétablit l’accès aux plateformes interdites, mais la décision arrive trop tard. Malgré le couvre-feu, les manifestants incendient le Parlement et la résidence du Premier ministre. Le palais de Singha Durbar, siège de plusieurs ministères, est réduit en cendres.
La démission et l’armée en première ligne
Sous pression, le chef du gouvernement présente sa démission. L’armée, appelée en renfort, reprend le contrôle de Katmandou dans la nuit du 10 septembre, mais la rue a déjà imposé sa loi. Un dialogue s’engage alors entre les généraux et les représentants de la jeunesse.
Dès le 11 septembre, un nom circule : Sushila Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, connue pour sa rigueur face à la corruption. Sa candidature incarne l’espoir d’un renouveau, même si elle ne fait pas consensus.
Une révolution connectée
La singularité de cette révolte tient à son mode d’organisation. Les jeunes Népalais, privés un temps de leurs réseaux, se tournent vers Discord, plateforme habituellement dédiée au gaming et aux discussions en ligne. C’est là qu’un vote symbolique est organisé pour désigner une figure de transition, signe que la défiance vis-à-vis des canaux traditionnels atteint désormais l’armée elle-même.
Un avenir incertain
Si le calme est provisoirement revenu, les défis sont immenses. L’évasion de plus de 12 000 prisonniers lors des émeutes complique la situation sécuritaire. Politiquement, le pays doit combler un vide : les anciennes coalitions, déjà fragiles, sont en miettes et des élections doivent être rapidement organisées.
L’élan de la jeunesse a renversé le pouvoir, mais rien ne garantit que ses idéaux ne se perdront pas dans les luttes partisanes qui s’annoncent. La révolution a ouvert une brèche, reste à savoir si elle se transformera en véritable refondation politique.

