Un tournant majeur vient d’être confirmé par un rapport de l’Unicef, publié en septembre 2025 : le nombre d’enfants obèses dépasse désormais celui des enfants souffrant de sous-poids. Une évolution sans précédent qui illustre l’ampleur d’une crise sanitaire mondiale, longtemps sous-estimée, et qui appelle à des mesures urgentes.
Une bascule historique et inquiétante
Selon l’Unicef, près de 188 millions d’enfants et d’adolescents sont aujourd’hui touchés par l’obésité, soit un sur dix. En parallèle, l’insuffisance pondérale a reculé, passant de 13 % en 2000 à 9,2 % en 2025. Cette inversion traduit une mutation profonde de la malnutrition à l’échelle planétaire : ce n’est plus le manque de calories qui domine, mais leur excès et surtout leur mauvaise qualité.
« Nous assistons à une étape dramatique mais prévisible », souligne Johanna Ralston, directrice générale de la Fédération mondiale de l’obésité. Elle déplore que les États et les organisations internationales restent « très mal préparés » face à cette réalité, malgré des signaux d’alerte récurrents.
Le rôle central des aliments ultratransformés
Le rapport pointe un facteur majeur : l’explosion de la consommation de produits ultratransformés, accessibles à bas prix et omniprésents dans les campagnes publicitaires ciblant les jeunes. Ces produits sont volontairement enrichis en sucres, en graisses et en sel, ce qui les rend hautement addictifs et consommés en excès.
Un sondage mené en 2024 dans 171 pays montre que trois jeunes sur quatre avaient été exposés à des publicités pour des boissons sucrées, des snacks ou du fast-food au cours de la semaine précédente. Une influence massive qui façonne les comportements alimentaires bien plus que le libre choix.
« Les enfants ont accès à des calories bon marché, mais pas à une alimentation nutritive », explique Ralston, mettant en lumière une contradiction flagrante dans de nombreux pays à revenus faibles et moyens.
Des conséquences sanitaires et économiques lourdes
Les répercussions dépassent la simple question du poids. L’obésité infantile accroît considérablement les risques de diabète de type 2, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires et même de certains cancers à l’âge adulte. Le développement cognitif et la santé mentale peuvent également en être affectés.
L’Unicef rappelle que la progression de l’obésité touche désormais toutes les régions, y compris les pays riches où les taux ont bondi de 20 % depuis le début des années 2000. En 2022, les pays à revenus faibles et intermédiaires concentraient déjà 81 % des enfants en surpoids dans le monde. Si rien n’est fait, le coût économique pourrait dépasser 4 000 milliards de dollars par an d’ici 2035.
Un appel à l’action mondiale
Face à l’urgence, Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef, appelle les gouvernements à interdire la malbouffe dans les écoles, à subventionner des alternatives saines et à limiter l’influence du marketing agressif des industriels. L’organisation préconise également un étiquetage clair, des taxes sur les produits nocifs et un renforcement des programmes sociaux pour améliorer l’accès des familles vulnérables à une alimentation équilibrée.
Pour Johanna Ralston, la réponse doit être globale : encourager l’activité physique, améliorer l’accès aux soins et investir massivement dans la prévention. « L’obésité est l’une des menaces les plus répandues pour la santé des enfants, mais elle reste dramatiquement négligée et sous-financée », insiste-t-elle.


