Dans l’histoire du football, certaines nominations ressemblent à des paris. Celle de Mohamed Ouahbi à la tête de l’équipe nationale marocaine en fait incontestablement partie. À 49 ans, le technicien d’origine marocaine, jusque-là architecte discret de la réussite des sélections de jeunes, hérite désormais de l’une des missions les plus scrutées du sport national : diriger les Lions de l’Atlas dans une période charnière pour le football marocain.
La Fédération royale marocaine de football a officialisé jeudi, au Complexe Mohammed VI de football, la désignation de Ouahbi comme nouveau sélectionneur national. Il succède à Walid Regragui, dont le passage restera associé à l’épopée historique du Mondial 2022 au Qatar, lorsque le Maroc avait atteint les demi-finales, une première pour une nation africaine.
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Pour le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, cette nomination s’inscrit dans une vision stratégique plus large. Elle s’insère dans la dynamique du projet « Maroc 2030 », qui vise à consolider les acquis du football national tout en assurant une continuité technique et une montée en compétence des cadres marocains.
Face à la presse, Mohamed Ouahbi a accueilli cette nomination avec sobriété, promettant de travailler « avec humilité et exigence » afin de permettre à la sélection de franchir un nouveau palier lors des prochaines échéances internationales.
Un parcours façonné dans l’ombre du travail de formation
L’histoire de Mohamed Ouahbi ne s’est pas construite sous les projecteurs. Né à Bruxelles en 1976 et grandi dans le quartier de Schaerbeek, il nourrit très tôt une passion pour le football marocain. La Coupe du monde 1986, première grande aventure des Lions de l’Atlas sur la scène internationale, marque durablement son imaginaire.
Avant d’embrasser pleinement une carrière d’entraîneur, il se tourne vers l’enseignement, une expérience qui influencera profondément sa manière de concevoir le football. Chez lui, la pédagogie précède la tactique : comprendre le jeu, réfléchir et prendre des décisions sur le terrain sont au cœur de sa philosophie.
Ses premiers pas dans l’encadrement se font au Maccabi Foot Brussels, un club formateur où il découvre les exigences du travail avec les jeunes joueurs. Mais c’est en 2003, lorsqu’il rejoint le centre de formation du Royal Sporting Club Anderlecht, que sa trajectoire prend une dimension plus ambitieuse.
Durant près de dix-sept ans, il accompagne plusieurs générations de jeunes talents, des catégories U9 jusqu’aux espoirs du club. Sous sa direction, l’équipe réserve d’Anderlecht atteint notamment les demi-finales de la Youth League, la Ligue des champions des jeunes.
Au fil des saisons, il participe également à l’éclosion de joueurs devenus des références du football européen, comme Youri Tielemans, Adnan Januzaj ou Leander Dendoncker.
Titulaire de la licence UEFA Pro, Ouahbi développe une approche du football fondée sur la compréhension collective du jeu et la responsabilisation des joueurs.
L’éclosion avec les Lionceaux de l’Atlas
Après une expérience en Arabie saoudite, au club d’Al-Fateh en tant qu’entraîneur adjoint, Mohamed Ouahbi rejoint la sélection marocaine U20 en 2022.
Les débuts sont loin d’être simples. La génération qu’il dirige manque la qualification pour la CAN U20 en 2023, une déconvenue qui pousse le staff à revoir son projet et à reconstruire progressivement un collectif solide.
Deux ans plus tard, le travail porte ses fruits. Le Maroc atteint la finale de la CAN U20 en Égypte en 2025, révélant une génération prometteuse menée notamment par Othmane Maamma et le capitaine Hossam Essadak.
Mais c’est quelques mois plus tard que l’équipe marque véritablement l’histoire. Lors de la Coupe du monde U20 au Chili, les Lionceaux réalisent un parcours remarquable dans un groupe particulièrement relevé comprenant l’Espagne, le Brésil et le Mexique.
Solides, disciplinés et tactiquement matures, les jeunes Marocains finissent par décrocher un titre mondial inédit pour le football national.
Ce sacre propulse Mohamed Ouahbi au premier plan et accélère son ascension.
Une nomination dans un contexte exigeant
À peine nommé à la tête des U23 en décembre 2025, Ouahbi est finalement appelé à diriger directement l’équipe A, preuve de la confiance placée en lui par la fédération.
La mission s’annonce cependant délicate. Depuis la Coupe du monde 2022, le Maroc s’est installé parmi les nations respectées du football international. Maintenir ce niveau d’exigence représente un défi majeur.
La journaliste sportive Amal Essabhani, basée en Italie, estime que la nomination de Ouahbi doit être analysée avec nuance.
Selon elle, « il aurait sans doute gagné encore en maturité en gravissant progressivement les échelons, mais le parcours qu’il a déjà construit parle pour lui ».
Elle souligne également le courage du technicien marocain d’avoir accepté cette responsabilité dans un contexte délicat.
« Il faut saluer son choix d’accepter ce poste à un moment critique, alors que d’autres n’ont pas souhaité relever ce défi », observe-t-elle.
La journaliste appelle par ailleurs les médias et les observateurs à adopter une posture constructive.
« Il faut lui laisser le temps de travailler, sans pression inutile ni stress médiatique excessif », plaide-t-elle.
Le premier test face au Brésil
Les regards se tournent désormais vers les prochaines échéances. La Coupe du monde 2026 constituera le premier grand défi du nouveau sélectionneur.
Le 13 juin prochain, les Lions de l’Atlas entreront en lice face au Brésil, au MetLife Stadium dans le New Jersey.
Un rendez-vous symbolique pour Mohamed Ouahbi, qui aura alors l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire du football marocain.
Car derrière cette nomination, une question demeure : le pari Ouahbi sera-t-il le prochain tournant de l’ascension du football marocain ?

