La France tient enfin sa nouvelle feuille de route énergétique. Présentée le 12 février puis publiée au Journal officiel le lendemain, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) fixe les priorités de l’État pour la période 2026-2035. Au cœur du texte : relancer le nucléaire, accélérer l’éolien en mer, encadrer le solaire et réduire fortement la dépendance aux énergies fossiles, qui doivent passer de 58 % de la consommation finale en 2023 à 40 % en 2030.
Le gouvernement assume un choix stratégique clair : renforcer la production d’électricité décarbonée pour soutenir l’électrification des usages et la souveraineté énergétique. La production énergétique bas carbone, notamment électrique, devra atteindre entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 544 TWh aujourd’hui. Cette trajectoire implique une hausse comprise entre 19,5 % et 27,4 % en dix ans.
La rupture la plus marquante concerne le nucléaire. Alors que la précédente PPE prévoyait la fermeture de 14 réacteurs, la nouvelle stratégie confirme la construction de six réacteurs EPR 2 et prévoit une décision en 2026 sur un éventuel lancement de huit unités supplémentaires. En parallèle, l’optimisation du parc existant de 57 réacteurs doit permettre d’atteindre une production nucléaire annuelle comprise entre 380 et 420 TWh à l’horizon 2030-2035, contre 320 TWh en 2023. L’atome demeure ainsi la colonne vertébrale du système électrique français.
Les énergies renouvelables ne sont pas abandonnées, mais leur développement est hiérarchisé. L’éolien en mer bénéficie d’une accélération avec un objectif de 15 GW installés en 2035. Le solaire photovoltaïque poursuit sa progression : 48 GW en 2030 et entre 55 et 80 GW en 2035, contre près de 30 GW en 2025. En revanche, l’éolien terrestre est désormais encadré. La priorité sera donnée au renouvellement des parcs existants, avec une puissance cible de 31 GW en 2030 et de 35 à 40 GW en 2035. Le repowering doit permettre d’augmenter les capacités tout en limitant l’impact paysager.
Deuxième source d’électricité en France, l’hydroélectricité reste stratégique. La PPE 3 prévoit une hausse de 2,8 GW des capacités des barrages, dont 1,7 GW de stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), essentielles pour la flexibilité du réseau. Le compromis trouvé avec Bruxelles sur la gestion des concessions vise à sécuriser l’avenir du parc hydraulique.
Au-delà de l’électricité, la programmation s’attaque à la consommation finale d’énergie. Pour atteindre 40 % d’énergies fossiles en 2030, le gouvernement mise sur le développement des filières bas carbone non électriques. La production de chaleur renouvelable et de récupération doit passer de 172 TWh en 2023 à 328-341 TWh en 2035. Le biométhane pourrait atteindre entre 47 et 82 TWh, contre 9 TWh actuellement. Les biocarburants progresseraient de 38 TWh à 70-90 TWh. Sur l’hydrogène, l’exécutif temporise : 4,5 GW d’électrolyse en 2030, puis 8 GW en 2035, avec une montée en puissance étalée.
Face aux incertitudes sur la demande d’électricité, une clause de revoyure est introduite dès 2027, une première pour une PPE. Le décret publié au Journal officiel précise qu’une révision simplifiée pourra être engagée pour ajuster les volumes attribués aux installations renouvelables, en fonction de l’évolution de la consommation et du développement des flexibilités décarbonées. Un rapport gouvernemental est attendu d’ici fin 2026 pour évaluer la trajectoire.
La question centrale reste celle de la demande. Produire davantage d’électricité bas carbone ne suffit pas si les usages ne suivent pas. Le gouvernement lance dès février des groupes de travail pour accélérer l’électrification dans l’industrie, le numérique, le bâtiment et le transport. L’objectif affiché est qu’une voiture sur trois achetée en 2026 soit électrique. Dans le bâtiment, les pompes à chaleur sont mises en avant, tandis que certaines voix évoquent l’interdiction des chaudières à gaz, à l’image de la fin progressive du fioul.
La montée en puissance des énergies renouvelables impose également davantage de flexibilité. L’État prévoit de réformer en 2026 le pilotage des énergies renouvelables pour limiter les variations de puissance en période de prix négatifs, et d’adapter le mécanisme de capacité dès cette année.
La PPE 3 dessine ainsi un compromis assumé : nucléaire renforcé, renouvelables ciblées, électrification accélérée et réduction progressive des fossiles. Reste à concrétiser ces ambitions par des financements, des compétences industrielles et une adhésion des acteurs économiques. La trajectoire est tracée jusqu’en 2035 ; son succès dépendra désormais de la capacité à transformer les objectifs en réalisations.

