La reconnaissance de la Palestine par la majorité des pays membres de l’ONU s’est confirmée lundi, près de deux ans après le déclenchement du conflit dans la bande de Gaza. Ce geste renforce la position diplomatique d’un État proclamé en 1988 par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) depuis l’exil en Algérie.
151 des 193 États membres de l’ONU ont désormais reconnu la Palestine. Parmi eux figurent la Russie, l’ensemble des pays arabes, la quasi-totalité des nations africaines et latino-américaines, ainsi que la majorité des pays asiatiques, dont la Chine et l’Inde.
Lundi, six États européens supplémentaires – France, Belgique, Luxembourg, Malte, Andorre et Monaco – ont officialisé leur reconnaissance à l’ONU, rejoignant des pays comme le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie ou le Portugal. L’Algérie avait quant à elle reconnu officiellement la Palestine dès le 15 novembre 1988, quelques minutes après l’annonce unilatérale de l’État palestinien par Yasser Arafat.
Au fil des décennies, de nombreux pays ont suivi cet exemple, avec une vague notable de reconnaissances entre 2010 et 2011. Plus récemment, la guerre à Gaza déclenchée le 7 octobre a poussé 13 pays supplémentaires à reconnaître la Palestine, consolidant son statut symbolique sur la scène internationale.
Cependant, au moins 39 États, dont Israël et les États-Unis, refusent toute reconnaissance. En 2024, le Knesset (parlement israélien) a adopté une résolution s’opposant fermement à la création d’un État palestinien. Certains pays asiatiques, tels que le Japon, la Corée du Sud ou Singapour, ainsi que quelques États africains et latino-américains, maintiennent une position similaire.
L’Europe reste le continent le plus divisé sur cette question. Si la Suède avait reconnu la Palestine dès 2014, la guerre à Gaza a conduit des pays comme la Norvège, l’Espagne et l’Irlande à suivre le même chemin en 2024. En revanche, l’Italie et l’Allemagne n’ont pour l’instant pas annoncé de reconnaissance.
Que signifie juridiquement la reconnaissance de la Palestine ?
Pour les spécialistes, reconnaître la Palestine demeure l’une des questions les plus complexes du droit international. Chaque État est libre de choisir le moment et la forme de sa reconnaissance, qu’elle soit explicite ou implicite. Il n’existe pas d’organe officiel pour enregistrer ces reconnaissances, et chaque pays agit à sa discrétion.
Le droit international précise toutefois qu’une reconnaissance ne correspond pas à la création d’un État, tout comme son absence n’invalide pas son existence. Malgré son caractère symbolique, la reconnaissance revêt un poids politique majeur, plaçant la Palestine et Israël sur un pied d’égalité en droit international.
Comme le souligne Philippe Sands, avocat et professeur de droit franco-britannique, « reconnaître la Palestine peut sembler symbolique, mais sur le plan juridique et diplomatique, cela change véritablement les règles du jeu en conférant à l’État palestinien une légitimité équivalente à celle d’Israël ».


