Le tribunal correctionnel de Paris ouvre ce lundi un procès inédit sur fond de haine en ligne et de rumeurs transphobes visant la Première dame de France. Dix personnes sont appelées à répondre de cyberharcèlement pour avoir relayé et amplifié une théorie complotiste devenue virale.
Ce lundi 27 octobre, s’ouvre à Paris un procès hautement symbolique. Dix internautes – huit hommes et deux femmes – comparaissent pour cyberharcèlement sexiste à l’encontre de Brigitte Macron, dans une affaire née d’une rumeur mensongère devenue virale. L’épouse du président de la République avait déposé plainte en août 2024. Les prévenus encourent jusqu’à deux ans d’emprisonnement.
Lire aussi
Brigitte Macron prête à fournir des preuves scientifiques et photographiques de son identité féminine
L’enquête, conduite par la brigade de la répression de la délinquance aux personnes, a mis au jour un déchaînement d’insultes, de montages et de propos dégradants sur les réseaux sociaux. Les accusés sont soupçonnés d’avoir diffusé ou commenté une théorie selon laquelle la Première dame serait une femme transgenre – une désinformation nourrie d’attaques à caractère sexiste et transphobe.
À l’origine confinée à quelques cercles complotistes en France, la rumeur a franchi l’Atlantique début 2025, amplifiée par la figure conservatrice américaine Candace Owens. Sur sa chaîne YouTube, suivie par des millions d’abonnés, elle a consacré une série de vidéos intitulée Becoming Brigitte, prétendant “révéler la vérité” sur la Première dame. Ce contenu, inspiré d’un livre conspirationniste publié en France, a contribué à relancer la campagne de dénigrement à l’échelle internationale.
Le parquet de Paris évoque “des propos malveillants portant sur le genre, la sexualité et la différence d’âge du couple présidentiel, selon une approche visant à les assimiler à la pédophilie”. Parmi les prévenus figure l’ex-publicitaire Aurélien Poirson-Atlan, alias “Zoé Sagan”, déjà connu pour ses publications à caractère complotiste. Une autre accusée, Delphine J., se présentant comme médium sous le nom “Amandine Roy”, avait animé en 2021 une émission en ligne de quatre heures où une certaine Natacha Rey exposait la théorie initiale.
Cette rumeur remonte à 2017, au moment de l’élection d’Emmanuel Macron. Natacha Rey, ancienne militante “gilet jaune”, avait affirmé que Brigitte Macron serait née homme, sous l’identité de son frère Jean-Michel Trogneux. Ces allégations, diffusées sur YouTube et relayées par des médias d’extrême droite, ont rapidement pris de l’ampleur, forçant le couple présidentiel à saisir la justice.
En 2022, Brigitte Macron confiait sur RTL son incompréhension face à la violence de cette campagne : “Ils ont bouleversé ma généalogie, je suis devenue mon frère.” Deux ans plus tard, le chef de l’État dénonçait à son tour sur TF1 “des scénarios mensongers qui s’immiscent jusque dans l’intimité”.
En France, Natacha Rey et Delphine J. avaient déjà été condamnées en première instance pour diffamation avant d’être relaxées en appel, la justice estimant que les propos incriminés ne constituaient pas une infraction pénale. Brigitte Macron et son frère se sont pourvus en cassation. Parallèlement, le couple présidentiel a déposé une plainte aux États-Unis contre Candace Owens, devant un tribunal du Delaware, affirmant vouloir “rétablir la vérité par la preuve”.
Pour la Première dame, cette procédure dépasse sa personne : elle illustre la manière dont les fausses informations, amplifiées par les réseaux, peuvent se transformer en armes d’atteinte à la dignité et à la réputation.

