Le marché mondial de l’argent entre dans une phase de tension durable, marquée par une hausse des prix, une demande industrielle stratégique et un recul des stocks. Pour le Maroc, cette dynamique internationale ouvre une fenêtre d’opportunité tangible, portée notamment par la montée en puissance de la mine de Zgounder, devenue l’un des leviers de croissance du secteur minier national.
Selon le dernier rapport du Silver Institute, l’année 2025 a été marquée par un déficit mondial de 40,3 millions d’onces, soit la cinquième année consécutive de déséquilibre entre l’offre et la demande. Malgré une hausse de la production globale (+3%), les besoins, notamment industriels, restent élevés, alimentés par les technologies de pointe, les énergies renouvelables et l’électronique avancée. Cette tension structurelle s’est traduite par une envolée des prix, avec une moyenne annuelle dépassant 40 dollars l’once et des pics historiques franchis début 2026.

Dans ce contexte, le Maroc se distingue progressivement comme un acteur crédible du marché africain de l’argent. Le rapport souligne explicitement la contribution du continent, tirée en grande partie par l’expansion de la mine de Zgounder. Exploitée dans l’Anti-Atlas, cette infrastructure connaît une montée en capacité significative, renforçant la position du Royaume dans la production de métaux précieux. Cette progression intervient alors que plusieurs régions productrices traditionnelles, notamment en Amérique latine, font face à des contraintes opérationnelles et à une baisse de la qualité des gisements.
La situation mondiale reste contrastée. D’un côté, l’offre progresse légèrement grâce à l’augmentation de la production minière et du recyclage, qui atteint son plus haut niveau depuis plus d’une décennie. De l’autre, la demande globale recule légèrement (-2%), freinée par la baisse des usages dans le photovoltaïque et la bijouterie, sous l’effet de prix élevés. Toutefois, cette contraction reste relative, car certains segments continuent de tirer la consommation vers le haut, notamment les infrastructures liées à l’intelligence artificielle, les centres de données et les véhicules électriques.
Pour le Maroc, cette mutation du marché mondial présente un double enjeu. D’une part, la valorisation des ressources minières devient stratégique dans un contexte où l’argent est désormais considéré comme un métal critique dans plusieurs économies avancées. D’autre part, l’intégration dans les chaînes de valeur industrielles liées aux énergies renouvelables et aux technologies numériques pourrait offrir de nouvelles perspectives au secteur extractif national.
Les perspectives pour 2026 confirment cette tendance. Le marché devrait enregistrer un sixième déficit consécutif, estimé à plus de 46 millions d’onces. Malgré une légère hausse attendue de la production marocaine et mexicaine, les contraintes globales sur l’offre et la volatilité des prix devraient se maintenir. Les analystes anticipent également une augmentation du recyclage et une poursuite de l’intérêt des investisseurs pour l’argent physique, notamment sous forme de lingots et de pièces.
Dans ce climat, le Royaume dispose d’atouts réels mais devra consolider ses acquis. L’amélioration des capacités d’extraction, la modernisation des infrastructures minières et le développement d’une industrie de transformation locale seront déterminants pour capter davantage de valeur. L’enjeu dépasse le simple volume de production : il s’agit désormais d’inscrire le Maroc dans une logique industrielle intégrée, en phase avec les mutations énergétiques et technologiques mondiales.
Au-delà des fluctuations conjoncturelles, le marché de l’argent s’installe dans une nouvelle réalité où la rareté relative du métal, combinée à son rôle croissant dans les industries d’avenir, redéfinit les équilibres. Pour le Maroc, cette recomposition représente une opportunité stratégique à saisir avec méthode et vision.


