Une évaluation rigoureuse aux résultats marquants
Menée par le Morocco Innovation and Evaluation Lab (MEL) de l’UM6P avec l’appui de chercheurs internationaux, l’étude repose sur une comparaison entre des collèges engagés dans la réforme et d’autres établissements aux profils similaires restés en dehors du dispositif. Le constat est clair : les élèves inscrits dans les collèges pionniers progressent nettement plus vite. En une année, ils atteignent un niveau d’acquis qui, dans un cadre classique, nécessiterait plusieurs années.
Les chiffres traduisent cette dynamique. Le taux de décrochage recule de manière sensible, passant d’environ 5,1 % à 3,5 % dans les établissements concernés. Chez les élèves les plus fragiles, la baisse est encore plus marquée, atteignant près d’un tiers. Le redoublement suit la même tendance, avec une diminution notable, signe d’un parcours scolaire plus fluide.
Une transformation profonde du fonctionnement des collèges
Sur le terrain, cette évolution s’explique par une transformation du fonctionnement des établissements. Lancé en 2024 dans 232 collèges, le programme repose sur une approche globale. Les élèves ne sont plus uniquement regroupés par classe, mais parfois par niveau réel de maîtrise, notamment lors des phases de rattrapage.
Les séquences pédagogiques sont structurées, les outils numériques intégrés, et les enseignants accompagnés de manière continue. Des heures de soutien ciblé viennent compléter le dispositif pour les élèves en difficulté, tandis que des activités artistiques et socio-éducatives renforcent leur engagement. Parallèlement, des cellules de veille assurent un suivi régulier des situations individuelles.
Des progrès académiques et humains
Les effets ne se limitent pas aux résultats scolaires. L’étude met en avant des progrès dans les compétences socio-émotionnelles : confiance en soi, discipline et capacité à coopérer. Ces dimensions jouent un rôle déterminant, notamment pour les élèves les plus exposés au risque de décrochage.
Dans les matières fondamentales — arabe, français, mathématiques et sciences — les gains sont jugés supérieurs à ceux observés habituellement sur une année scolaire. Les performances en sciences et en français se démarquent particulièrement, laissant entrevoir un impact durable sur le niveau global des élèves.
Une extension rapide, des défis à relever
Depuis son lancement, le programme a connu une extension rapide et concerne désormais plus de 750 collèges à travers le pays. L’ambition est d’élargir encore son périmètre dans les prochaines années.
Cette montée en charge pose toutefois une question centrale : celle de la capacité à maintenir la qualité du dispositif. Former un grand nombre d’enseignants aux nouvelles pratiques, assurer un encadrement homogène et préserver l’efficacité observée à ses débuts constituent des défis majeurs.
Une réforme attendue au tournant
Au-delà des chiffres, le programme des collèges pionniers installe un changement de perspective. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des savoirs, mais de repenser le cadre scolaire dans son ensemble, en intégrant les dimensions pédagogiques, sociales et humaines.
À Rabat, les échanges entre enseignants traduisent à la fois l’intérêt suscité par ces résultats et les attentes pour la suite. Les avancées sont visibles, mais leur consolidation dans le temps reste le véritable enjeu.


