À l’approche de la rentrée scolaire au Maroc, un problème préoccupant refait surface dans les établissements éducatifs : la violence scolaire, avec un accent particulier sur le harcèlement scolaire. Ce phénomène, déjà ancien, est amplifié par les nouvelles technologies, augmentant ainsi la vulnérabilité des élèves aux formes modernes de persécution. La situation alarmante suscite des appels urgents de la part des associations de parents d’élèves et des experts en éducation, qui réclament des mesures adaptées à la réalité actuelle.
Les associations de parents d’élèves, inquiets de l’ampleur du problème, exigent une action renforcée du ministère de l’Éducation nationale. Selon elles, les directives écrites et recommandations ne suffisent plus pour contrer ce fléau, surtout dans un contexte où la technologie permet au harcèlement de se poursuivre au-delà des murs de l’école, via les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne. Noureddine Akouri, président de la Fédération des associations des parents d’élèves au Maroc, souligne l’impact particulièrement sévère du harcèlement scolaire à la rentrée, où les nouveaux élèves, souvent issus du secteur privé et entrant dans les écoles publiques, sont fréquemment ciblés en raison de leur adaptation à un environnement éducatif radicalement différent.
Les conséquences du harcèlement scolaire peuvent être sévères. Akouri insiste sur le fait que ces formes de violence ont des répercussions psychologiques profondes, pouvant mener jusqu’à l’abandon scolaire. L’inquiétude est telle que certaines plaintes indiquent des comportements problématiques de la part de certains enseignants, qui, dans certains cas, se livreraient à des actes de harcèlement, aggravant ainsi la souffrance des élèves victimes. Ces comportements témoignent d’un besoin urgent d’une réforme plus radicale et de la mise en place de mesures spécifiques pour protéger tous les élèves, y compris ceux en situation de handicap.
L’expert en éducation Jamal Chafiq ajoute que le harcèlement en milieu scolaire reflète souvent des problèmes plus larges, y compris des influences extérieures comme celles venant de la maison ou de l’environnement social des élèves. Selon Chafiq, la violence scolaire et le harcèlement sont exacerbés par la pression exercée sur les enseignants, qui eux-mêmes font face à des défis importants pour maintenir la discipline et un climat éducatif positif. La génération actuelle d’élèves, influencée par les nouvelles technologies, présente des défis uniques qui nécessitent une approche intégrée et collaborative entre parents, enseignants et autorités éducatives.
Une étude récente menée par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), en partenariat avec l’UNICEF, révèle l’ampleur du phénomène de violence scolaire au Maroc. Cette enquête, réalisée auprès de près de 14 000 élèves dans 260 écoles, met en évidence des taux alarmants de violence verbale et physique. Près d’un tiers des élèves du primaire ont rapporté avoir été victimes de sobriquets et d’insultes, tandis que la majorité des élèves du secondaire ont signalé des moqueries fréquentes. La violence physique est également préoccupante, avec des taux significatifs de coups et de bousculades, particulièrement parmi les garçons.
De plus, l’enquête révèle une prévalence inquiétante des violences d’appropriation, telles que les vols et les détériorations d’objets personnels. Ces comportements sont répandus dans les établissements scolaires, affectant de nombreux élèves. Le harcèlement sexuel est aussi une réalité pour une proportion significative d’élèves, particulièrement dans les établissements privés et les environnements urbains. Les données montrent que les garçons sont plus souvent auteurs de violence physique, tandis que les violences verbales et symboliques sont également le fait des élèves et, dans une moindre mesure, des enseignants et autres personnes extérieures à l’établissement.
Dr. Hafsa Abouelfaraj, psychiatre et psychothérapeute, explique que les comportements violents chez les jeunes peuvent être liés à divers facteurs, dont les influences individuelles, familiales et environnementales. Elle observe que certains élèves choisissent la violence comme moyen d’affirmation ou comme échappatoire à des frustrations internes. Les troubles du comportement observés chez ces élèves peuvent parfois masquer des souffrances plus profondes et des difficultés à gérer les émotions et les conflits.
Les effets de la violence scolaire ne se limitent pas aux seuls dommages immédiats. Les victimes peuvent souffrir de traumatismes durables qui affectent leur développement émotionnel et social. Les conséquences peuvent inclure des problèmes de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété, et des troubles du sommeil. La violence peut également compromettre le parcours scolaire des victimes, les poussant à s’absenter ou à décrocher, ce qui souligne l’importance d’une intervention précoce et efficace pour prévenir de tels impacts.
Pour contrer ces phénomènes, le Maroc a signé en novembre 2021 la déclaration de Campeche, qui vise à promouvoir des mécanismes de prévention contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire. Cette déclaration appelle à une vigilance accrue et à une attention appropriée pour tous les membres de la communauté éducative, afin de créer des environnements scolaires sûrs et inclusifs. La collaboration entre parents, enseignants et autorités est essentielle pour mettre en œuvre des solutions efficaces et garantir un climat éducatif respectueux et protecteur pour tous les élèves.


