Le monde des arts au Maroc est en deuil. Safia Zayani, actrice respectée et appréciée de plusieurs générations, s’est éteinte ce jour à l’âge de 90 ans, des suites d’un malaise cardiaque soudain, selon des sources concordantes.
Tout au long de son parcours, elle a su imposer une présence singulière, aussi bien sur les planches que sur le petit écran. Par la justesse de son jeu et la diversité de ses rôles, elle a largement contribué à façonner le paysage artistique national et à en enrichir la mémoire collective.
Née en 1935, Safia Zayani était une actrice marocaine et l’une des grandes figures fondatrices de l’art dramatique au Maroc. Elle fait partie de la génération pionnière qui a posé les bases du métier de comédien dans le pays, et compte parmi les premières femmes à avoir exercé professionnellement le jeu théâtral et l’interprétation scénique.
Son parcours artistique débute dans les années 1950 à travers les concours de théâtre organisés par le ministère de la Jeunesse et des Sports. En 1957, elle réussit le premier concours dédié à la formation théâtrale, avant de poursuivre son apprentissage en 1958 et 1959 au Centre de Maâmora. Avec la création de l’École nationale d’art dramatique en 1960, elle y intègre une formation exigeante et pluridisciplinaire, encadrée par des figures marocaines de référence telles qu’Abdellah Chakroun, Abdessamad Kenfaoui et Tahar Ouazziz, ainsi que par des enseignants européens, dont André Voisin et Dominique. Elle y étudie notamment l’expression théâtrale, l’histoire et la philosophie du théâtre, le mouvement expressif, la danse classique et les techniques de scénographie.
En 1962, Safia Zayani rejoint la troupe nationale relevant du ministère de la Jeunesse et des Sports en tant que comédienne professionnelle. Elle y interprète de nombreuses pièces arabes, européennes et marocaines, aux côtés de grands noms du théâtre national comme Tayeb Saddiki et Tayeb Laâlej. En 1967, elle intègre la troupe nationale de la Radio nationale, multipliant les participations à des productions radiophoniques et télévisuelles, ce qui consolide durablement sa présence sur les scènes, les ondes et les écrans, au moment où se construit le paysage artistique marocain de l’après-indépendance.
Au cinéma, elle fait ses premières apparitions dans des œuvres du réalisateur Jilali Ferhati, notamment Les Enfants du rivage perdu et Mémoire captive, avant de s’ouvrir à des productions internationales. Elle joue ainsi dans le film français La Nuit sacrée, adapté du roman de Tahar Ben Jelloun, où elle incarne le rôle de la nourrice. Elle participe également à un film italien, interprétant la nourrice du pharaon Thoutmôsis III, ainsi qu’à une série allemande consacrée aux prophètes, dans laquelle elle campe le rôle de l’épouse du prophète Noé. Ce parcours singulier a fait d’elle une artiste pionnière, alliant une solide formation théâtrale marocaine à une ouverture affirmée sur les expériences cinématographiques internationales.
L’annonce de sa disparition a suscité une profonde émotion parmi ses admirateurs et au sein de la communauté artistique, qui perd aujourd’hui une figure marquante, porteuse d’un héritage culturel précieux et durable.



