Une carence nutritionnelle touche aujourd’hui une large majorité de la population mondiale et pourrait peser lourdement sur la santé cardiovasculaire. Selon une vaste analyse internationale publiée dans la revue scientifique Nutrition Research Reviews, près de 76 % des habitants de la planète ne consomment pas suffisamment d’oméga-3, des acides gras essentiels directement liés au bon fonctionnement du cœur, du cerveau et de la vision. Une insuffisance silencieuse, mais aux conséquences potentiellement graves.
Cette étude de synthèse, menée par des chercheurs de l’University of East Anglia, de l’University of Southampton et du groupe Holland & Barrett, a passé en revue les habitudes alimentaires de plusieurs pays et tranches d’âge. Les auteurs se sont appuyés sur les recommandations des principales autorités sanitaires internationales, en particulier celles concernant deux oméga-3 clés pour la santé cardiovasculaire : l’acide eicosapentaénoïque (EPA) et l’acide docosahexaénoïque (DHA).
Le constat est sans appel. Dans de nombreuses régions du monde, l’apport quotidien réel est largement inférieur au seuil recommandé, fixé à environ 250 milligrammes par jour pour un adulte en bonne santé. Cette carence généralisée pourrait expliquer, en partie, la persistance de maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité à l’échelle mondiale, mais aussi l’augmentation de troubles cognitifs et inflammatoires.
Pour mieux comprendre les implications concrètes de ce déficit, la diététicienne spécialisée en cardiologie préventive Michelle Routhenstein, basée à New York, souligne que des taux insuffisants d’oméga-3 se traduisent souvent par une hausse du risque d’infarctus et de mort subite d’origine cardiaque. Des niveaux bas sont également associés à une élévation des triglycérides, à des troubles du rythme cardiaque et à une accumulation accrue de plaques dans les artères.
Les effets ne se limitent pas au système cardiovasculaire. Des apports insuffisants en EPA et DHA sont aussi corrélés à un déclin cognitif plus rapide, à un risque accru de maladies neurodégénératives comme Alzheimer et à des symptômes dépressifs plus fréquents. Sur le plan inflammatoire, la carence peut aggraver certaines pathologies auto-immunes, notamment le psoriasis, tandis que la santé oculaire peut être fragilisée, ces acides gras jouant un rôle structurel fondamental dans la rétine.
Face à ce constat, les spécialistes insistent sur l’importance de sources alimentaires riches en oméga-3. Les poissons gras – saumon, maquereau, sardine, hareng, truite ou anchois – restent la référence, une consommation de trois à quatre portions par semaine permettant généralement de couvrir les besoins. Pour les personnes qui consomment peu ou pas de poisson, le recours à une supplémentation peut s’avérer pertinent, à condition qu’elle soit encadrée.
La question du dosage reste centrale. Michelle Routhenstein rappelle que toute supplémentation doit tenir compte du profil médical, des traitements en cours et, idéalement, de résultats biologiques. Des compléments de qualité, à dose modérée, sont considérés comme sûrs pour la majorité des adultes. Dans certains cas précis, notamment chez des patients à haut risque cardiovasculaire, des traitements sur prescription à forte teneur en EPA ont montré une réduction significative des événements cardiaques majeurs, contrairement à des formules combinant EPA et DHA à doses équivalentes.
Pour évaluer précisément le statut en oméga-3, les professionnels de santé s’appuient de plus en plus sur l’indice oméga-3, un test sanguin mesurant la proportion d’EPA et de DHA dans les globules rouges. Un taux proche de 8 % est associé à un risque cardiovasculaire plus faible, tandis qu’un niveau inférieur à 4 % est considéré comme préoccupant. Disposer de cette information permet d’adapter l’alimentation ou la supplémentation de manière ciblée et efficace.
Dans un contexte où les maladies chroniques progressent et où les déséquilibres alimentaires restent fréquents, cette étude remet les oméga-3 au centre du débat sur la prévention. Elle rappelle surtout qu’un ajustement relativement simple des habitudes alimentaires peut jouer un rôle déterminant dans la protection du cœur, du cerveau et de la santé globale.

