La frontière entre le Maroc et Sebta, loin de n’être qu’une ligne administrative, cristallise depuis longtemps frustrations et tensions. Les habitants de l’enclave espagnole dénoncent régulièrement les limitations strictes imposées sur l’importation de produits depuis le royaume, une situation jugée injuste et discriminatoire par le Mouvement pour la Dignité et la Citoyenneté (MDyC).
Selon Nadia Mohamed, députée et porte-parole du MDyC, ces restrictions ont transformé ce qui devrait être un « pont » entre deux territoires voisins en un « mur arbitraire » pénalisant le commerce, mais aussi les échanges familiaux et personnels. La circulaire IM/1/2022, en vigueur depuis la réouverture des passages frontaliers en mai 2022, plafonne les quantités de produits pouvant entrer à Sebta : 5 kg pour les produits composés sans viande ni lait, 2 kg pour herbes, épices et infusions, et 10 kg pour les fruits et légumes.
Pour les élus locaux, cette réglementation crée un déséquilibre manifeste avec d’autres points d’entrée espagnols, comme les ports d’Algeciras ou de Tarifa, où les règles européennes offrent davantage de souplesse et des limites supérieures. « Nous vivons dans une sorte de limbe Schengen : nous bénéficions de droits européens, mais nous sommes soumis à des contrôles et restrictions qui n’existent pas ailleurs, affectant mobilité et économie », souligne Nadia Mohamed.
La situation n’est pas seulement économique : elle génère un gaspillage considérable d’aliments, ce qui, aux yeux du MDyC, est « intolérable face à la famine que connaît malheureusement une partie du monde ».
Le mouvement appelle désormais l’Assemblée à interpeller le gouvernement espagnol pour réviser la circulaire IM/1/2022 et aligner les quotas sur ceux établis par le Règlement 2019/2122 de l’Union européenne, afin de faciliter l’importation de produits depuis le Maroc et de rétablir une équité de traitement.
Derrière cette revendication, le Maroc apparaît comme un partenaire économique et culturel clé pour Sebta. Les échanges transfrontaliers, longtemps porteurs de prospérité et de dynamisme pour la région, pâtissent aujourd’hui de limitations jugées excessives. Pour les habitants de Sebta, comme le rappelle le MDyC, « la frontière devrait relier, et non diviser ».

