Le Maroc a officiellement lancé, le 22 avril 2026 à Casablanca, sa stratégie nationale de Supply Chain Finance (SCF), avec l’ambition de transformer en profondeur le financement des chaînes de valeur. Portée par le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib et la Société financière internationale, cette initiative vise à améliorer l’accès au financement, en particulier pour les PME, dans un contexte marqué par des tensions persistantes de trésorerie et des délais de paiement encore pénalisants.
Une réponse structurée aux fragilités du tissu économique
Le dispositif repose sur un principe simple : optimiser les flux financiers entre les entreprises à travers leurs relations commerciales. En d’autres termes, il s’agit de mobiliser plus efficacement les créances, les commandes ou les stocks pour faciliter l’accès au financement.
Aujourd’hui, les très petites, petites et moyennes entreprises représentent plus de 99 % du tissu économique marocain et près de 72 % des emplois formels. Pourtant, leur contribution au PIB reste limitée à environ 32 %, avec un accès au financement encore contraint. Les retards de paiement continuent de peser sur leur capacité de développement et de fragiliser leur trésorerie.
La Supply Chain Finance s’inscrit ainsi comme un outil de transformation du système financier, en agissant directement sur ces blocages structurels.
Une feuille de route progressive sur plusieurs années
La stratégie nationale s’étend sur un horizon d’environ quatre ans, avec un déploiement graduel. Les autorités misent sur une montée en puissance progressive, adaptée au niveau de maturité du marché et à l’implication des acteurs concernés.
L’objectif affiché dépasse le simple financement. Il s’agit également de restaurer la confiance entre les donneurs d’ordre, les fournisseurs et les institutions financières, tout en réduisant les besoins en fonds de roulement grâce à une meilleure organisation des flux.
Trois piliers pour structurer le marché
Le premier axe consiste à renforcer les solutions déjà existantes, notamment l’affacturage et l’affacturage inversé. Ces mécanismes, présents au Maroc depuis les années 1980, doivent être étendus à un plus grand nombre d’entreprises, en particulier les PME encore peu couvertes.
Le deuxième pilier introduit une diversification des instruments financiers. Il inclut notamment le financement des bons de commande, des distributeurs ou encore des stocks. Cette approche vise à couvrir l’ensemble du cycle commercial, au-delà des seules créances.
Enfin, le troisième pilier ouvre la voie à une extension vers les transactions internationales et la finance participative. Une évolution qui accompagne l’internationalisation croissante des entreprises marocaines et la diversification des besoins.
Cinq leviers pour faire émerger un écosystème viable
Pour soutenir cette architecture, la stratégie s’appuie sur cinq leviers transversaux.
Le premier concerne la sensibilisation et la formation des acteurs économiques. L’enjeu est de démocratiser les mécanismes de la Supply Chain Finance et d’en faciliter l’appropriation, notamment par les PME.
Le deuxième levier vise à renforcer le cadre juridique et réglementaire, afin de sécuriser les transactions et lever les zones d’incertitude.
Le troisième axe porte sur les mécanismes de partage des risques, avec un recours accru aux garanties publiques et à l’assurance-crédit pour encourager les institutions financières à financer davantage.
Le quatrième levier concerne l’infrastructure technologique. Le développement de plateformes numériques, l’interopérabilité des systèmes et la généralisation de la facturation électronique doivent permettre d’automatiser les processus et d’améliorer la transparence.
Enfin, le rôle des grands donneurs d’ordre publics est central. Leur engagement est attendu pour impulser des programmes de SCF et créer un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie.
Un suivi pour mesurer l’impact réel
Un dispositif d’évaluation accompagnera la mise en œuvre de la stratégie. Il permettra de suivre l’évolution du nombre d’acteurs impliqués, la diversification des solutions proposées et le volume de financement mobilisé.
L’enjeu est clair : mesurer concrètement l’amélioration de l’accès au financement pour les entreprises et ajuster les actions en fonction des résultats observés.
Une transformation attendue du financement des entreprises
Avec cette stratégie, le Maroc cherche à structurer un marché encore sous-exploité et à fluidifier les relations financières au sein des chaînes de valeur. À terme, la Supply Chain Finance pourrait renforcer la compétitivité du tissu productif national, en donnant aux PME des leviers concrets pour financer leur croissance.


