Le nombre d’enfants, d’adolescents et de jeunes non scolarisés repart à la hausse dans le monde. En 2024, ils sont désormais 273 millions, soit près de 17 % de la population en âge d’aller à l’école, selon un rapport publié mercredi par l’UNESCO. À l’échelle mondiale, un jeune sur six reste exclu du système éducatif, tandis que seuls deux élèves sur trois parviennent à achever leurs études secondaires.
Ces données, issues du premier volet de la série « Compte à rebours jusqu’en 2030 » consacré à l’accès et à l’équité dans l’éducation, confirment un coup d’arrêt après des années de progrès. Entre 2000 et 2015, le nombre de non-scolarisés avait reculé d’un tiers. Depuis, la tendance s’est inversée : la hausse se poursuit pour la septième année consécutive, avec une progression de 3 % depuis 2015.
Le ralentissement est particulièrement marqué en Afrique subsaharienne, où la pression démographique pèse lourdement sur les systèmes éducatifs. À cela s’ajoutent les effets persistants des crises et des conflits. Plus d’un enfant sur six vit aujourd’hui dans une zone touchée par l’instabilité, ce qui complique l’accès à l’école et fragilise les parcours éducatifs. Au Moyen-Orient, les tensions régionales ont conduit à la fermeture de nombreux établissements, laissant des millions d’enfants sans solution de scolarisation.
Les inégalités sociales et de genre restent un facteur déterminant. Les enfants exclus de l’école sont souvent issus de familles défavorisées, incapables d’assumer les coûts liés à la scolarité. Les filles continuent, dans plusieurs régions, de faire face à des normes sociales restrictives qui freinent leur accès à l’éducation. Certaines politiques publiques montrent toutefois leur efficacité : au Népal, des réformes en faveur de l’égalité ont permis aux filles de rattraper, voire de dépasser, les garçons dans certaines zones.
Malgré ces difficultés, des avancées significatives ont été enregistrées au cours des deux dernières décennies. Le taux mondial d’achèvement du primaire est passé de 77 % en 2000 à 88 % aujourd’hui. Dans le premier cycle du secondaire, il atteint 78 %, contre 60 % auparavant, tandis que le second cycle progresse de 37 % à 61 %. Si cette dynamique se poursuit, le taux d’achèvement pourrait approcher les 95 %. Un objectif qui reste néanmoins insuffisant pour garantir un accès universel à l’éducation secondaire d’ici 2030.
Ces progrès masquent toutefois de fortes disparités entre les pays. Certains ont réalisé des avancées rapides, réduisant drastiquement le nombre de non-scolarisés. Madagascar et le Togo ont enregistré des baisses importantes chez les enfants, tandis que le Maroc et le Vietnam se distinguent chez les adolescents. Du côté des jeunes, la Géorgie et la Turquie affichent également des résultats notables.
À l’échelle mondiale, le nombre d’élèves scolarisés atteint 1,4 milliard en 2024, soit 327 millions de plus qu’en 2000 dans le primaire et le secondaire. L’augmentation est encore plus marquée dans le préscolaire et l’enseignement supérieur. Chaque minute, plus de 25 enfants supplémentaires accèdent à l’école. Des trajectoires nationales illustrent cette transformation : en Éthiopie, le taux de scolarisation primaire est passé de 18 % en 1974 à 84 % aujourd’hui, tandis que la Chine a connu une expansion rapide de l’enseignement supérieur, avec un taux dépassant désormais les 60 %.
Le rapport met également en lumière un engagement croissant des États en faveur de l’inclusion. En 25 ans, le nombre de pays ayant rendu obligatoire au moins 12 années d’éducation a triplé. Une évolution qui témoigne d’une volonté politique plus affirmée, mais encore insuffisante face aux défis persistants.
La trajectoire actuelle laisse peu de marge d’optimisme : sans accélération des efforts, l’objectif d’une éducation secondaire accessible à tous d’ici 2030 restera hors de portée.


