En dix ans, les Marocains ont considérablement renforcé leur présence dans les circuits bancaires. Les dépôts détenus par les clients auprès des établissements de crédit ont bondi de plus de 70 %, signe tangible d’une confiance grandissante dans le système financier et d’un élargissement continu du taux de bancarisation.
Dix ans de progression ininterrompue
D’après les données de Bank Al-Maghrib, l’encours des dépôts bancaires a franchi un cap décisif en 2020 en dépassant les 1.000 milliards de dirhams. En 2024, il atteignait 1.271,45 milliards, contre 740,14 milliards dix ans plus tôt. Cela représente une croissance cumulée de 71,8 %, avec un rythme moyen annuel voisin de 6 %.
L’année 2025 prolonge cette tendance : à fin juillet, les dépôts s’élevaient à 1.303,1 milliards de dirhams, soit une hausse de 8,3 % en un an.

La colonne vertébrale du financement bancaire
Dans l’architecture financière des banques, ces ressources issues des clients constituent l’ossature même de leur financement. En 2024, elles représentaient à elles seules deux tiers de leurs moyens, loin devant l’endettement interbancaire (11 %) ou les fonds propres (8 %).
Rapportée à l’économie nationale, cette masse d’épargne équivaut à près de 80 % du PIB, ce qui traduit la centralité du canal bancaire dans la mobilisation des capitaux, bien devant les autres instruments d’épargne comme la Bourse ou l’assurance-vie.
La préférence marquée pour la liquidité
La structure des dépôts met en lumière un comportement clair des ménages et des entreprises : l’attrait pour l’argent immédiatement disponible. En 2024, les dépôts à vue représentaient plus de 905 milliards de dirhams, soit 71 % du total. Les placements à terme ou bons de caisse, pourtant plus rémunérateurs, plafonnaient à moins de 10 % des encours.
Cette prudence illustre un choix assumé : privilégier la souplesse et l’accessibilité plutôt que le rendement.
Les ménages et la diaspora, piliers de l’épargne nationale
Les ménages dominent très largement ce paysage. À fin juillet 2025, ils détenaient près de 73 % de l’ensemble des dépôts, soit 948,2 milliards de dirhams. Les Marocains résidant à l’étranger jouent un rôle clé dans cette dynamique, avec une contribution dépassant 214 milliards de dirhams.
Les entreprises privées non financières ne sont pas en reste : leurs dépôts progressent de 9,7 % sur un an pour atteindre 229,1 milliards de dirhams.

Les ressorts de cette croissance
Plusieurs moteurs expliquent cette progression soutenue : amélioration du revenu des ménages, accès élargi aux services financiers, montée en puissance de la digitalisation et du mobile banking. La régularisation fiscale de 2024 a aussi eu un effet accélérateur, encourageant le rapatriement et la déclaration d’avoirs auparavant hors circuit bancaire. Autant de facteurs qui renforcent l’idée que placer son argent dans les banques reste une valeur refuge, surtout en période d’incertitude économique.
Du capital dormant vers l’investissement productif
Cette trajectoire ascendante souligne la robustesse du secteur bancaire marocain, mais elle met aussi en évidence un défi de taille : transformer une épargne encore très liquide en ressources destinées au financement productif.
Avec l’essor annoncé des fintechs, des solutions basées sur l’intelligence artificielle et de nouveaux produits d’épargne, le grand enjeu des années à venir sera de faire de cette confiance une véritable locomotive de l’investissement et, in fine, du développement économique.


