L’égyptologue Khaled El-Enany a été officiellement élu, jeudi, Directeur général de l’UNESCO, lors de la Conférence générale de l’organisation qui se tient à Samarcande, en Ouzbékistan. Avec 172 voix sur 174 votants, il succède à la Française Audrey Azoulay, qui dirigeait l’institution depuis 2017. Son mandat de quatre ans débutera officiellement le 15 novembre, marquant une première historique pour l’Égypte et le monde arabe à la tête de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.
Âgé de 54 ans, Khaled Ahmed El-Enany Ali Ezz est bien connu des milieux universitaires et culturels. Professeur d’égyptologie à l’Université d’Helwan, il a consacré plus de trente ans à l’enseignement et à la recherche. Docteur en égyptologie de l’Université Paul-Valéry de Montpellier, il y a également enseigné en tant que professeur invité. Avant cette consécration internationale, il avait occupé les fonctions de ministre des Antiquités puis du Tourisme et des Antiquités en Égypte, où il a piloté plusieurs chantiers majeurs de restauration et de mise en valeur du patrimoine pharaonique.
Son élection, largement soutenue par les États membres, n’est pas seulement un succès personnel, mais aussi une victoire diplomatique pour l’Égypte. Le Caire renforce ainsi son influence dans le concert des grandes organisations internationales, dans un contexte où la région cherche à mieux représenter sa richesse culturelle et intellectuelle. L’arrivée d’un directeur général arabe à la tête de l’UNESCO témoigne d’une volonté de rééquilibrer la gouvernance mondiale de l’institution.
Cette nomination intervient toutefois dans un moment de fragilité pour l’UNESCO, confrontée à des défis politiques et financiers récurrents. Après le retrait du Nicaragua en mai et l’annonce, en juillet, du départ des États-Unis – pour la troisième fois en quarante ans –, l’organisation basée à Paris voit sa légitimité et son budget mis à rude épreuve. La contribution américaine représente à elle seule près de 8 % de son financement total. Khaled El-Enany a d’ores et déjà affiché sa volonté de ramener Washington dans le giron multilatéral et de renforcer les partenariats financiers avec les gouvernements, les fondations et le secteur privé.
Pragmatique, le nouveau directeur général a promis de faire de la stabilité budgétaire et du consensus diplomatique ses priorités. Il souhaite explorer de nouvelles formes de financement, comme les mécanismes d’échange de dette (debt swap), et accroître la participation d’acteurs non étatiques. Son profil d’universitaire et de gestionnaire, allié à une expérience ministérielle solide, en fait un médiateur crédible dans un contexte de polarisation croissante des débats culturels et politiques.
En succédant à Audrey Azoulay, qui avait réussi à réintégrer les États-Unis en 2023 après plusieurs années d’absence, Khaled El-Enany hérite d’une organisation en quête d’équilibre entre universalité, indépendance et viabilité financière. Sa nomination incarne un nouvel espoir pour une UNESCO plus inclusive, tournée vers la protection du patrimoine, le dialogue interculturel et la réconciliation entre les peuples.


