Né sous le signe de la dignité et de la justice sociale, le programme national « Villes sans bidonvilles » semblait tracer la voie vers un avenir meilleur pour les populations les plus fragiles. Pourtant, derrière cette ambition, une ombre s’est immiscée. Pas moins de 14 000 personnalités influentes, élus, fonctionnaires et notables auraient détourné à leur profit des parcelles de terrain initialement réservées aux familles démunies des quartiers précaires.
Cette révélation, publiée par le journal Assabah et confirmée en coulisses par des responsables du ministère en charge de l’aménagement du territoire, jette un voile de suspicion sur un projet qui, jusqu’à présent, avait permis à plus de 347 000 familles de quitter l’insalubrité, grâce à un investissement colossal de près de 46 milliards de dirhams à fin juin 2024.
Pourtant, le chemin vers la justice sociale reste encore long. Près de 118 000 ménages attendent toujours un toit digne, tandis qu’un quart des familles recensées dans le programme restent dans l’attente ou l’exclusion. Parmi elles, un peu moins de 25 000 bénéficient de logements en cours de construction, mais plus de 92 000 sont encore absents des plans de relogement, et près de 12 000 semblent totalement oubliés des dispositifs urbains.
Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Le programme se heurte à des défis structurels : absence de critères clairs pour définir les bénéficiaires, lenteurs administratives liées à la régularisation des terrains, et une gestion souvent chaotique des espaces disponibles. Plus grave encore, les projets manquent trop souvent d’une vision intégrée, incluant infrastructures et services essentiels, éléments indispensables pour assurer la durabilité et la qualité de vie dans ces nouveaux quartiers.
Face à ces obstacles, un vent d’espoir souffle avec le lancement d’un plan quinquennal ambitieux (2024-2028). Ce dernier ne se contente plus de reloger, il vise désormais à offrir un accès direct à un habitat décent à près de 120 000 familles, tout en prenant en compte les défis liés à la rareté foncière et aux problèmes générés par l’auto-construction anarchique sur des terrains non viabilisés.
L’objectif est clair : éradiquer les bidonvilles restants et construire des quartiers pensés pour durer, où équipements, services et inclusion sociale dessineront enfin un avenir digne, loin des stigmates du passé.

