Les exportations de tomates marocaines ne font l’objet d’aucune interdiction officielle, malgré les rumeurs qui ont circulé ces derniers jours. Les professionnels de la filière évoquent plutôt des ajustements temporaires destinés à faire face à la flambée des prix sur le marché local, dans un contexte de tensions sur l’offre.
L’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL) affirme n’avoir reçu aucune notification formelle annonçant un arrêt des exportations. Des mesures ponctuelles ont toutefois été observées, notamment la suspension temporaire de certains flux de tomates fraîches vers des marchés africains ainsi que de produits transformés. Du côté de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (FIFEL), son président Zakaria Hanich insiste sur une démarche concertée entre les autorités et les opérateurs. L’objectif affiché est clair : réorienter une partie de la production vers le marché national afin de contenir la hausse des prix.
Cette tension s’explique d’abord par une baisse notable de l’offre. La campagne agricole a été marquée par une pression accrue des ravageurs, en particulier la Tuta absoluta, ainsi que par la propagation de maladies telles que le mildiou et la pourriture grise. À ces difficultés sanitaires se sont ajoutés des épisodes climatiques défavorables, dont une tempête survenue fin février ayant endommagé de nombreuses serres, réduisant encore les volumes disponibles.
Sur les étals, la hausse des prix a rapidement alimenté le mécontentement des consommateurs. Pourtant, les chiffres avancés par les professionnels montrent un décalage important entre les prix à la production et ceux pratiqués sur les marchés. À Inezgane, le kilogramme de tomate se négocie en moyenne autour de 3,5 dirhams au marché de gros, alors que les coûts de production dépassent 5,5 dirhams. Dans certains circuits de distribution, les prix peuvent toutefois atteindre le double, conséquence d’une chaîne d’intermédiation jugée trop longue et peu régulée.
Ce constat relance les critiques sur l’organisation du marché. Plusieurs acteurs pointent du doigt la multiplication des intermédiaires, accusée de tirer les prix vers le haut sans lien direct avec les coûts réels. Pour y remédier, des pistes sont avancées : encadrement des marges, rationalisation des circuits de distribution, ou encore standardisation des produits pour améliorer la transparence.
Dans ce contexte, les exportations restent un levier essentiel pour l’équilibre économique de la filière. Elles permettent d’absorber les fluctuations du marché local et de garantir une rentabilité minimale aux producteurs, souvent confrontés à des prix inférieurs à leurs coûts. Les ajustements actuellement observés s’inscrivent ainsi dans une logique de régulation à court terme, sans remettre en cause la stratégie d’exportation du Maroc.


