La flambée des prix des moutons enregistrée avant l’Aïd Al-Adha 2026 continue de susciter le débat au Maroc. Dans un rapport consacré aux dysfonctionnements du marché du bétail, la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines estime que cette hausse résulte d’un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels touchant le secteur. Parmi les éléments relevés figurent notamment le déséquilibre entre l’offre et la demande, les divergences dans les données officielles, la multiplication des intermédiaires, les insuffisances des mécanismes de contrôle ainsi que les interrogations soulevées autour de la gouvernance du marché et des politiques de soutien.
Élaboré par le bureau central de la Ligue et sa Commission de veille et de documentation, le rapport, intitulé « Dysfonctionnements du marché du bétail et hausse des prix des sacrifices au Maroc : entre défis de la sécurité alimentaire et droit des citoyens à un accès équitable aux marchés », s’inscrit dans le cadre des travaux de l’organisation consacrés au suivi des droits économiques et sociaux et à l’évaluation des politiques publiques ayant un impact sur les droits fondamentaux des citoyens.
Selon les constats présentés dans ce document, les prix des moutons destinés au sacrifice ont connu une hausse marquée avant l’Aïd Al-Adha 2026. Sur la base des données recueillies et des observations de terrain, le rapport indique que le prix des petits moutons s’est situé entre 2 500 et 3 000 dirhams en mai 2026, soit une augmentation comprise entre 700 et 1 300 dirhams par rapport à la campagne de 2024. La Ligue marocaine pour la défense des droits humaines estime que cette évolution a eu un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier ceux disposant de revenus faibles ou intermédiaires, conduisant une partie d’entre eux à renoncer au sacrifice de l’Aïd.
Le rapport considère que cette évolution soulève des questions dépassant le seul niveau des prix. Selon la Ligue, elle met en jeu des enjeux liés à la sécurité alimentaire, au droit des consommateurs à un accès équitable aux marchés et à la protection du pouvoir d’achat. Pour établir son analyse, la Commission de veille indique avoir procédé au suivi des déclarations officielles, à l’analyse du débat public, à l’observation des données relatives aux prix, à l’examen du cadre juridique régissant la concurrence et la protection du consommateur, ainsi qu’à l’étude des positions exprimées par les institutions concernées.
Parmi les principaux constats figure la question des données officielles relatives au cheptel national. Le rapport relève des écarts entre les chiffres communiqués par différents responsables gouvernementaux. Il rappelle que le ministre de l’Agriculture avait annoncé un cheptel dépassant 32 millions de têtes, avant que la ministre de l’Économie et des Finances ne fasse état d’un chiffre supérieur à 40 millions. Par la suite, le chef du gouvernement a évoqué devant le Parlement une estimation comprise entre 32 et 40 millions de têtes. Selon la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines, ces divergences alimentent les interrogations sur la disponibilité de données précises et compliquent la lecture de la situation réelle du marché.
L’organisation estime également que ces écarts sont susceptibles de limiter la capacité des éleveurs, des commerçants et des investisseurs à prendre des décisions économiques fondées sur des données fiables. Le rapport recommande ainsi la publication régulière de statistiques détaillées, actualisées et accessibles concernant le cheptel national, les volumes d’importation et d’exportation, les coûts réels de production ainsi que les prévisions relatives à l’offre et à la demande.
Le document s’attarde également sur le rôle des intermédiaires dans les circuits de commercialisation du bétail. Selon la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines, les courtiers, communément appelés « chennaqa » ou « ferrachiya », continuent d’occuper une place importante dans les opérations de commercialisation. Le rapport estime que la multiplication de ces intermédiaires contribue à accroître les écarts entre le prix payé au producteur et celui acquitté par le consommateur final. Il considère également que cette situation favorise des marges commerciales élevées, au détriment des petits éleveurs, dont les revenus ne couvrent pas toujours les coûts de production.
Le rapport souligne par ailleurs que les mécanismes de contrôle et d’intervention mis en œuvre sur le marché présentent des limites. Sans remettre en cause les efforts déployés par les autorités publiques, la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines estime que les dispositifs actuels demeurent insuffisants pour prévenir efficacement les pratiques spéculatives et assurer un suivi rigoureux des différentes étapes de la commercialisation. Elle recommande de renforcer les contrôles tout au long de la chaîne d’approvisionnement et d’améliorer les outils de suivi afin d’accroître la transparence des marchés.
S’agissant des politiques de soutien, le rapport porte un regard critique sur les mesures destinées à soutenir le secteur de l’élevage. Il relève notamment que les aides accordées aux importateurs, comprenant une subvention de 500 dirhams par tête de bétail importée, ainsi que des exonérations fiscales et douanières, ne se sont pas traduites, selon la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines, par une baisse des prix pratiqués sur les marchés.
Le document estime que cette situation soulève des interrogations sur la gouvernance de ces dispositifs de soutien ainsi que sur leur impact réel. Selon la Ligue, l’évolution des prix malgré ces mesures conduit à s’interroger sur leur efficacité et sur les modalités de leur mise en œuvre. Le rapport appelle ainsi à une évaluation approfondie de l’ensemble des programmes publics consacrés au secteur de l’élevage, qu’il s’agisse des aides accordées aux importateurs, des exonérations fiscales ou des dispositifs destinés aux petits et moyens éleveurs.
Au-delà de l’analyse économique, le rapport adopte une approche fondée sur les droits économiques et sociaux. La Ligue marocaine pour la défense des droits humaines rappelle que la Constitution marocaine garantit notamment le droit à l’information, les principes de bonne gouvernance ainsi que la protection des consommateurs. Elle estime, dans ce contexte, que la publication de données précises, actualisées et accessibles sur le cheptel, les importations, les coûts de production et les volumes disponibles constitue un élément indispensable pour garantir le droit des citoyens à l’information, renforcer la transparence de l’action publique et améliorer la gouvernance du marché.
Enfin, le rapport appelle à un renforcement de la coordination entre les différentes institutions concernées, notamment les départements ministériels, les autorités territoriales, les organismes de contrôle, le Conseil de la concurrence et les organisations professionnelles. Selon la Ligue marocaine pour la défense des droits humaines, une meilleure coordination entre ces acteurs contribuerait à améliorer la transparence du marché, à renforcer l’efficacité des contrôles et à mieux protéger les consommateurs comme les petits éleveurs.

