La région de Souss-Massa s’impose comme un laboratoire à ciel ouvert des nouvelles politiques forestières marocaines. En déplacement sur le terrain, le directeur général de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF), Abderrahim Houmy, a constaté l’avancement de plusieurs programmes structurants, marqués par l’introduction de solutions innovantes et une approche intégrée du développement durable.
Au cœur de cette dynamique figure une technologie qui attire l’attention des professionnels : le dispositif Waterbox. Conçu pour répondre aux contraintes des zones arides, ce système agit comme un réservoir intelligent capable de capter l’humidité naturelle, notamment la pluie ou la rosée, avant de la restituer progressivement aux racines des jeunes plants. Sur le terrain, les résultats sont probants : un taux de survie dépassant les 95 %, une croissance plus rapide et une nette réduction des besoins en irrigation. Dans une région confrontée à la sécheresse et à la pression climatique, cette innovation redéfinit les conditions de réussite du reboisement, notamment pour des espèces sensibles comme l’arganier.
Mais cette avancée technique ne constitue qu’un volet d’un programme plus vaste. Dans le cadre de la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 », l’ANEF déploie à Souss-Massa un plan d’envergure doté de 2 milliards de dirhams sur la période 2021-2030. L’objectif est clair : restaurer les équilibres écologiques tout en créant de la valeur économique pour les territoires. Le programme prévoit la régénération de 50.000 hectares d’arganeraie, le reboisement de 5.000 hectares supplémentaires et des actions de lutte contre la désertification sur 4.000 hectares. À mi-parcours, plus de 10.000 hectares ont déjà été plantés, signe d’une montée en puissance progressive des interventions.
Sur le terrain, cette stratégie se traduit par une diversification des projets. La valorisation des plantes aromatiques et médicinales s’inscrit dans une logique de filières à fort potentiel, soutenue par des partenariats public-privé. Les coopératives locales sont également intégrées au dispositif, avec des actions concrètes comme la distribution de ruches, de plants fruitiers ou d’équipements améliorés. L’objectif est d’ancrer la gestion forestière dans une dynamique participative, en associant les populations aux retombées économiques.
La visite a également été marquée par le lancement du Plan forestier provincial de Taroudant pour la période 2026-2030, doté de 705 millions de dirhams. Huit projets prioritaires y sont inscrits, allant de la réhabilitation des écosystèmes à la valorisation de sites naturels, dont le lac Ifni. En parallèle, un projet d’aquaculture en milieu désertique, financé à hauteur de 20 millions de dirhams, ambitionne de créer de nouvelles opportunités économiques, notamment pour les jeunes et les femmes, à travers des systèmes de production innovants et un futur centre dédié à la formation.
Au fil de cette visite, un constat s’impose : la politique forestière marocaine évolue vers un modèle plus global, où la préservation des ressources naturelles s’articule avec les enjeux sociaux et économiques. L’introduction du Waterbox illustre cette mutation, en apportant une réponse concrète aux contraintes climatiques, tandis que les programmes territoriaux cherchent à renforcer la résilience des écosystèmes et des populations.
Dans une région exposée aux effets du changement climatique, ces initiatives traduisent une volonté d’anticipation et d’adaptation. Elles dessinent les contours d’une gestion forestière renouvelée, où innovation technologique, gouvernance locale et développement économique avancent désormais de concert.


