L’éventuelle implantation de Revolut au Maroc devra encore attendre. À l’occasion de la conférence de presse organisée après le deuxième Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) de l’année 2026, le wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a confirmé avoir rencontré au début du mois de juin des responsables de la fintech britannique. Une réunion exploratoire qui a permis à Revolut de présenter son intérêt pour le marché marocain, sans toutefois déboucher sur une démarche formelle auprès du régulateur.
Le responsable de Bank Al-Maghrib a tenu à clarifier un point qui alimente de nombreuses spéculations depuis plusieurs mois : Revolut n’a soumis aucune demande d’agrément bancaire ni sollicité une licence d’exploitation au Maroc. Les échanges entre les deux parties avaient essentiellement pour objectif de mieux cerner les perspectives du marché national et de comprendre les orientations du régulateur.
Selon Abdellatif Jouahri, les dirigeants de la néobanque britannique ont mis en avant plusieurs facteurs expliquant leur intérêt pour le Royaume. Ils ont notamment souligné la solidité des indicateurs macroéconomiques marocains ainsi que la position stratégique du pays, susceptible de servir de plateforme régionale pour le développement de leurs activités sur le continent africain.
Malgré cet intérêt affiché, Bank Al-Maghrib ne considère pas ce dossier comme prioritaire dans l’immédiat. Le wali a expliqué que l’institution est actuellement mobilisée par plusieurs chantiers réglementaires et stratégiques qui monopolisent ses ressources. Parmi les dossiers jugés prioritaires figurent les discussions liées à l’activité des banques marocaines au sein de l’Union européenne, dans un contexte marqué par l’évolution du cadre réglementaire européen. À cela s’ajoutent les évaluations prévues par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international à la fin de l’année 2026, ainsi que les échéances relatives aux mécanismes internationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Pour la Banque centrale, ces dossiers nécessitent une attention particulière avant d’envisager l’examen de nouvelles demandes potentielles émanant d’acteurs financiers étrangers. Le message adressé aux représentants de Revolut a donc été clair : le contexte actuel ne se prête pas à l’ouverture de discussions approfondies sur une éventuelle implantation de la fintech au Maroc.
Abdellatif Jouahri a également relevé que l’activité visée par Revolut concerne un segment déjà largement investi par les établissements financiers marocains. Sans entrer dans les détails des services concernés, il a estimé que les besoins de cette clientèle sont aujourd’hui couverts par les banques et opérateurs nationaux, réduisant ainsi le caractère urgent de l’arrivée d’un nouvel acteur international.
Depuis 2025, l’intérêt de Revolut pour le marché marocain fait régulièrement l’objet de commentaires dans les milieux économiques et financiers. Plusieurs informations avaient notamment fait état du renforcement de ses démarches préparatoires, avec la constitution d’une équipe locale et la désignation d’un responsable marocain chargé d’explorer les opportunités de développement dans le Royaume.
Cette perspective suscite d’autant plus d’attention que le secteur bancaire marocain accélère sa transformation numérique. L’émergence de nouvelles offres de banque digitale, à l’image de la néobanque Simple lancée par Attijariwafa bank, témoigne d’une évolution rapide des usages financiers et d’une concurrence croissante sur les services numériques.
Pour l’heure, Revolut semble avoir pris acte de la position de Bank Al-Maghrib. Selon les déclarations du wali, les responsables de la fintech ont reconnu que le moment n’était pas propice pour engager des négociations plus avancées. L’idée d’un retour à la table des discussions dans quelques années, lorsque les priorités réglementaires auront évolué, apparaît désormais comme l’hypothèse la plus probable.
En attendant, le marché marocain des services financiers numériques reste fermé à toute arrivée imminente de Revolut, tandis que Bank Al-Maghrib poursuit ses travaux sur les dossiers qu’elle considère comme stratégiques pour la stabilité et l’avenir du système financier national.

