Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a rejeté mercredi toute idée de « corruption généralisée » au sein de son gouvernement et du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lors d’une intervention très attendue devant le Parlement à Madrid. Confronté à une série d’affaires judiciaires touchant plusieurs personnalités de son entourage politique et familial, le chef de l’exécutif a tenté de reprendre l’initiative face à une opposition qui réclame son départ et des élections anticipées.
Dans un discours solennel prononcé devant les députés, Pedro Sánchez a dénoncé ce qu’il considère comme une stratégie visant à amalgamer différentes procédures judiciaires afin d’installer dans l’opinion publique l’idée d’un système corrompu. Selon lui, cette perception ne correspond pas à la réalité et ne reflète pas l’action menée par son gouvernement depuis son arrivée au pouvoir en 2018.
Le dirigeant socialiste a assuré n’avoir jamais eu connaissance d’actes de corruption ni couvert de pratiques illégales. Il a également défendu le bilan de son exécutif en matière de transparence et de lutte contre les dérives financières, rappelant que son accession au pouvoir avait suivi la chute du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, alors fragilisé par plusieurs scandales de corruption.
Cette prise de parole intervient dans un contexte particulièrement délicat pour le gouvernement espagnol. Lundi, l’ancien ministre des Transports José Luis Ábalos, longtemps considéré comme un proche allié de Pedro Sánchez, a été condamné à 24 ans de prison dans une affaire de corruption. Cette décision judiciaire a ravivé les critiques contre le PSOE et accentué la pression sur le chef du gouvernement.
Face aux députés, Pedro Sánchez a reconnu que son parti et son gouvernement n’étaient ni parfaits ni exempts d’erreurs. Il a admis que tous les objectifs fixés dans la lutte contre la corruption n’avaient pas été atteints, tout en affirmant que les institutions continuaient à fonctionner normalement et que les responsabilités individuelles ne pouvaient être confondues avec l’action de l’ensemble de l’exécutif.
La situation s’est encore compliquée ces dernières semaines avec l’accélération de plusieurs enquêtes visant des proches du Premier ministre. Son épouse, Begoña Gómez, fait l’objet d’une procédure pour trafic d’influence. La justice lui a récemment interdit de quitter le territoire espagnol, estimant qu’un risque de fuite existait avant l’ouverture éventuelle d’un procès. Elle doit remettre son passeport aux autorités judiciaires et se présenter régulièrement devant la justice.
Pedro Sánchez a vivement critiqué cette décision, estimant que les mesures imposées à son épouse dépassaient ce qui est habituellement considéré comme raisonnable dans ce type de dossier. Il a dénoncé ce qu’il perçoit comme une instrumentalisation politique et médiatique de certaines affaires judiciaires.
Parallèlement, son frère est également dans l’attente d’un jugement dans une autre affaire de trafic d’influence. À cela s’ajoutent les poursuites visant l’ancien chef du gouvernement espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, mentor politique de Pedro Sánchez, impliqué dans une enquête liée au soutien accordé par l’État à une compagnie aérienne pendant la crise du Covid-19.
Fin mai, de nouvelles révélations ont encore alimenté la controverse. Plusieurs médias ont évoqué l’existence présumée d’une structure interne au PSOE chargée d’intervenir dans certaines affaires sensibles. Devant les parlementaires, Pedro Sánchez a affirmé n’avoir jamais eu connaissance d’un tel dispositif et a renouvelé ses excuses aux citoyens espagnols pour les scandales qui ont éclaboussé son camp politique ces derniers mois.
Malgré la multiplication des critiques, le Premier ministre a réaffirmé sa volonté de rester à la tête du gouvernement jusqu’aux prochaines élections législatives prévues, en principe, à la mi-2027. Une position qui contraste avec les appels répétés de l’opposition à un retour anticipé aux urnes.
Le président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a profité du débat parlementaire pour demander une nouvelle fois la dissolution du Parlement et l’organisation d’élections anticipées. Selon lui, les affaires qui entourent le gouvernement ont gravement entamé la confiance des Espagnols dans leurs institutions.
Les attaques les plus virulentes sont venues du parti d’extrême droite Vox. Son dirigeant, Santiago Abascal, a accusé Pedro Sánchez d’être politiquement discrédité et a exigé la tenue immédiate d’un scrutin national.
Même certains anciens partenaires du gouvernement ont affiché leurs distances. Le parti indépendantiste catalan Junts a décrit un exécutif affaibli et a invité le chef du gouvernement à tirer les conséquences politiques de la situation.
À trois ans de l’échéance électorale théorique, Pedro Sánchez se retrouve ainsi confronté à l’une des périodes les plus délicates de son mandat. Entre enquêtes judiciaires, critiques de l’opposition et tensions au sein de sa majorité, le dirigeant socialiste cherche désormais à préserver la stabilité politique de l’Espagne tout en défendant sa crédibilité personnelle et celle de son gouvernement.

