Au Maroc, le travail des enfants continue de concerner des dizaines de milliers de mineurs malgré les efforts engagés pour lutter contre ce phénomène. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans exerçaient une activité économique en 2025, soit 1,3 % de cette tranche d’âge. Parmi eux, 59.000 étaient exposés à des travaux considérés comme dangereux pour leur santé, leur sécurité ou leur développement.
Publiés à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée le 12 juin sous le thème « Carton rouge au travail des enfants : une enfance protégée, un travail décent pour les adultes », ces chiffres dressent le portrait d’un phénomène qui demeure fortement ancré dans les zones rurales et qui touche principalement les adolescents en rupture avec le système scolaire.
L’enquête nationale sur l’emploi réalisée en 2025 révèle une nette disparité entre les territoires. En milieu rural, 2,4 % des enfants âgés de 7 à 17 ans exercent une activité économique, contre seulement 0,5 % dans les villes. Plus des trois quarts des enfants concernés, soit 76,2 %, vivent dans les campagnes.
Le phénomène touche également de manière très inégale les garçons et les filles. Les garçons représentent 86,2 % des enfants au travail, tandis que les adolescents âgés de 15 à 17 ans constituent près de neuf cas sur dix, avec une proportion de 89,8 %.
L’activité professionnelle des mineurs est étroitement liée à la déscolarisation. Les données du HCP montrent que seuls 11 % des enfants qui travaillent poursuivent encore leurs études. À l’inverse, 88 % ont quitté l’école et 1 % ne l’ont jamais fréquentée. Cette réalité confirme le lien persistant entre abandon scolaire, précarité économique et entrée précoce dans le monde du travail.
L’agriculture demeure le principal secteur employeur des mineurs. À elle seule, l’agriculture, la forêt et la pêche concentrent 69,1 % des enfants au travail en milieu rural. Dans les villes, la situation est différente. Les services arrivent en tête avec 51,2 % des emplois occupés par des mineurs, suivis de l’industrie qui en regroupe 28,4 %.
Les formes d’emploi varient également selon le lieu de résidence. Dans les campagnes, la majorité des enfants travaillent comme aides familiales, une situation qui concerne 57,9 % d’entre eux, tandis que 32,6 % occupent un emploi salarié. En milieu urbain, le salariat prédomine avec 58,6 % des cas, devant l’apprentissage qui concerne un quart des enfants travailleurs. Les aides familiales représentent quant à elles 13,5 % des situations observées.
La question des travaux dangereux reste l’un des aspects les plus préoccupants du phénomène. Le HCP estime que 58,4 % des enfants au travail, soit environ 59.000 mineurs, exercent des activités susceptibles de porter atteinte à leur santé ou à leur sécurité. Parmi eux, 92,2 % sont des garçons et 85,5 % ont entre 15 et 17 ans.
Les risques apparaissent particulièrement élevés dans plusieurs secteurs économiques. L’industrie affiche la plus forte proportion d’enfants exposés à des tâches dangereuses avec 78,4 %, suivie des services avec 76,3 % et du bâtiment et des travaux publics avec 71,3 %. Même dans l’agriculture, souvent perçue comme un cadre de travail familial, 43,6 % des enfants actifs sont confrontés à des conditions jugées dangereuses.
Le travail des enfants concerne environ 73.000 ménages marocains, soit près de 0,8 % de l’ensemble des foyers du Royaume. Parmi eux, 50.000 se situent en milieu rural contre 23.000 en milieu urbain. Le HCP souligne également que près de 8,9 % de ces ménages sont dirigés par des femmes.
L’environnement familial joue un rôle déterminant dans l’apparition du phénomène. Plus la taille du foyer augmente, plus le risque de voir un enfant travailler est élevé. Alors que seulement 0,3 % des ménages composés de trois personnes comptent un enfant actif, cette proportion atteint 2,7 % dans les familles de six personnes ou plus.
Le niveau d’instruction et la situation professionnelle du chef de ménage constituent également des facteurs significatifs. Les enfants au travail sont majoritairement issus de foyers dirigés par des exploitants agricoles, qui représentent 34,7 % des cas recensés. Les ménages dirigés par des manœuvres concentrent 25,8 % des enfants concernés, tandis que 13,7 % vivent dans des foyers dont le chef est inactif. À l’opposé, le phénomène demeure quasiment absent dans les ménages dirigés par des cadres supérieurs.
Ces données rappellent que le travail des enfants reste étroitement lié aux fragilités économiques, aux inégalités territoriales et à la déscolarisation. Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les chiffres du HCP montrent que des milliers d’enfants continuent d’entrer prématurément dans la vie active, souvent au détriment de leur éducation et de leur avenir.


