La journaliste Zeynep Durgut, correspondante de l’agence de presse kurde Mezopotamya (MA), se retrouve aujourd’hui dans le viseur de la justice turque après avoir publié une enquête sensible sur un réseau de prostitution forcée dans la province de Şırnak, au sud-est du pays.
Son article, paru le 24 février 2025, s’appuyait sur un acte d’accusation officialisé onze ans après l’ouverture d’une enquête contre 25 suspects. Ces derniers avaient été initialement visés en 2013 pour « organisation en vue de faciliter la prostitution », mais aussi pour des faits de traite d’êtres humains, de prostitution forcée et d’exploitation sexuelle de mineures.
Le dossier judiciaire fait apparaître des connexions troublantes entre trois sergents, un sous-officier et ce réseau criminel. Selon l’accusation, des femmes, parmi lesquelles figuraient des mineures et des réfugiées venues du Rojava syrien, auraient été acheminées dans la ville par des militaires afin d’être contraintes à la prostitution. Le document cite notamment Kenan Tatar, présenté comme l’un des meneurs du groupe.
À la suite de ses révélations, Zeynep Durgut affirme avoir reçu des menaces téléphoniques émanant de proches de Kenan Tatar. « Nous savons qui tu es et d’où tu viens. Il y aura des conséquences », lui aurait-on déclaré. Elle a immédiatement saisi le parquet du district de Cizre aux côtés de son avocat.
Mais la situation s’est retournée contre elle. En juin, Kenan Tatar et son frère Nihat ont déposé plainte contre la journaliste. Une enquête a été ouverte pour « diffusion publique d’informations trompeuses », et Durgut a été convoquée par la Division de sécurité de la police de Cizre.
La journaliste réfute catégoriquement ces accusations. Elle assure que son travail s’est fondé exclusivement sur les éléments de l’acte d’accusation et qu’il visait à informer l’opinion publique. « Mon enquête est exacte et ne comporte aucune information mensongère », a-t-elle souligné.

